Cloches, silence et discours : une grande partie de la population suisse a rendu hommage vendredi, jour de deuil national, aux victimes de l’incendie dramatique la nuit du nouvel an d’un bar de la station de ski de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 116 blessés.La journée a aussi été marquée par le placement en détention préventive d’un des deux copropriétaires français de l’établissement, Jacques Moretti, le principal mis en cause dans cette affaire par le ministère public du canton à Sion, la capitale régionale.Cette mesure était réclamée depuis une semaine par les avocats des familles des victimes, très critiques sur la façon dont la procédure est menée par les autorités cantonales.Partout en Suisse, les autorités ont voulu placer ce 9 janvier sous le signe du recueillement. Dans les 26 cantons de la Confédération, une grande partie de la population a observé avant 14H00 (13H00 GMT) une minute de silence suivie par le tintement des cloches des églises.A Genève, Sion ou encore Zurich, ce silence a été respecté dans les entreprises, les administrations, les écoles et même dans la rue, où des passants se sont souvent arrêtés de marcher lorsque les sonneries des cloches ont retenti.- “Consterné” -La partie officielle s’est déroulée à Martigny, dans le Valais, devant un millier de personnes, parmi lesquelles le chef de l’Etat français Emmanuel Macron et son homologue italien Sergio Mattarella, dont les pays ont été particulièrement endeuillés avec respectivement neuf et six morts, ainsi que de nombreux blessés.Dans son discours, le président de la Confédération suisse Guy Parmelin a souligné que son pays demeurait “consterné” par la tragédie et a appelé les autorités judiciaires à mettre “les manquements au grand jour et à les sanctionner”.Cette “nuit d’horreur” a fait de “la Suisse tout entière une seule et même famille d’affligés”, a-t-il poursuivi. A Crans-Montana, une station recouverte d’un épais manteau de neige vendredi, plusieurs centaines de ses habitants, de touristes et de secouristes ont pu suivre en direct cette cérémonie, certains parvenant mal à retenir leurs larmes. Devant le bar Le Constellation, ravagé par les flammes, un autel orné de fleurs, de bougies, de peluches et de photos des victimes était recouvert d’une toile blanche pour le protéger des flocons.”J’ai tenu comme Valaisan d’être présent avec ma famille et mes petits-enfants pour témoigner aussi notre soutien, notre solidarité”, a confié à l’AFP Wilhelm Shnyder, un homme de 60 ans qui vit dans la partie alémanique du canton.”Très souvent aujourd’hui on est sous la pression du temps, on court très vite d’une chose à l’autre et je crois que prendre un moment, deux trois heures pour penser à celles et ceux qui ont perdu leur vie ou qui souffrent encore, c’est important”, a-t-il expliqué.- “Inimaginable” -Au total, des personnes de 19 nationalités ont été frappées par la tragédie qui a fait 40 morts – dont la moitié sont des mineurs – et 116 blessés, en majorité grièvement brûlés, dont 83 demeurent à ce jour hospitalisés en Suisse mais aussi en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.En marge des hommages, Jacques Moretti – connu de la justice française et condamné pour une affaire de proxénétisme en 2008 – a été auditionné pendant plus de six heures avec son épouse et copropriétaire Jessica à Sion.Le premier a été emmené à bord d’un fourgon en milieu d’après-midi. Le ministère public cantonal a annoncé avoir considéré que “compte tenu de ses déclarations, de son parcours de vie et de sa situation en Suisse et à l’étranger”, le risque de fuite était “concret”.Sa femme a quant à elle pu ressortir libre et s’est pour la première fois présentée devant une poignée de médias, dont l’AFP.”Mes pensées constantes vont vers les victimes et les gens qui se battent aujourd’hui”, a-t-elle brièvement confié, les traits tirés et le souffle court. “C’était une tragédie inimaginable. Et jamais, jamais on aurait pu imaginer ça. Et ça c’est passé dans notre établissement et je tiens à m’excuser”, a-t-elle poursuivi avant de s’éclipser.Le couple est officiellement soupçonné d'”homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence”.La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a estimé à Rome que l’incendie n’était pas un “simple accident” mais le résultat de trop de négligences et de la recherche de “l’argent facile”, promettant justice aux familles des victimes.Mardi, la commune de Crans-Montana avait provoqué une première secousse dans l’enquête en admettant une faute grave : aucune inspection sécurité et incendie du bar n’avait été effectuée depuis 2019. Ce qui a suscité la consternation des familles de victimes.D’après les premiers éléments de l’enquête, le drame aurait été provoqué par des bougies étincelantes entrées en contact avec une mousse insonorisante dont était garni le plafond du sous-sol de l’établissement, en bas d’un immeuble de cette station cossue du Valais. Des interrogations portent aussi sur la présence d’extincteurs et la conformité des voies de sortie.L'”embrasement généralisé” et soudain du local a piégé les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes.En cette soirée de la Saint-Sylvestre, le bar était bondé et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des bousculades de personnes tentant désespérément de sortir.bur-nl-apo-ag/bds