Finis les horaires de bureau: pourquoi Wall Street veut rester ouverte en continu

Un coup de cloche à 09H30, un autre à 16H00: ce rituel volontiers médiatisé qui ordonne les échanges à Wall Street depuis plus d’un siècle pourrait perdre de son lustre. La Bourse américaine veut passer au “trading” nuit et jour, qui plaît aux petits investisseurs.La Bourse de New York (NYSE) a annoncé en début de semaine son intention d’ouvrir une plateforme permettant “des opérations 24 heures sur 24, sept jours sur sept” et “un règlement instantané”, sans préciser encore quand.Ces transactions sans limite horaire s’appuieront notamment sur l’émission de jetons numériques (“token”) reproduisant les actions des entreprises cotées en Bourse, a indiqué dans un communiqué Intercontinental Exchange, maison mère du NYSE.Le Nasdaq, autre plateforme d’échanges à New York, en particulier pour la cotation des entreprises technologiques, pourrait sauter le pas dès cette année, avec un fonctionnement 24 heures sur 24, cinq jours par semaine.Ces ambitions doivent encore être validées par le régulateur boursier américain, la SEC, mais elles constituent une petite révolution pour le marché boursier américain.- “Perte de temps” -A l’origine, les investisseurs “devaient se rendre physiquement” à Wall Street pour acheter ou vendre des actions, rappelle auprès de l’AFP Sam Burns, stratégiste en chef chez Mill Street Research.”Beaucoup de choses se faisaient sur papier, les gens se tenaient debout et se criaient dessus (…), puis ils devaient noter ce que chacun avait acheté et vendu” et comptabiliser le tout, un rythme “impossible à suivre” si les horaires étaient trop larges, selon lui.Mais au fil des décennies, des plateformes de transactions électroniques se sont créées, permettant en particulier d’échanger en dehors des horaires conventionnels, avec un succès croissant.Selon un document publié début 2025 par la Bourse de New York, “le volume des transactions en dehors des heures d’ouverture a considérablement augmenté” depuis 2019 et même “explosé” depuis 2024, avec une “moyenne quotidienne de plus de 61 milliards de dollars”.Mais pour le professeur d’économie Steve Hanke, l’intérêt reste limité.”Historiquement, l’idée selon laquelle les avantages du trading 24 heures sur 24 l’emportent sur ses coûts est peu étayée”, assure l’enseignant à l’université John Hopkins à Baltimore, au nord-est des Etats-Unis.”Il y a peu d’événements susceptibles d’influencer le marché de la Bourse de New York qui se produisent en dehors des heures normales de bureau”, ajoute-t-il, pointant une “perte de temps”.Selon lui, le seul avantage dans l’annonce du NYSE se trouve du côté des délais nécessaires pour finaliser une transaction. Aujourd’hui, sur l’essentiel des marchés boursiers, un ordre d’achat n’est réglé que le lendemain, le temps de vérifier que tout est en ordre.”La réduction de la fenêtre de règlement pourrait devenir un avantage” pour New York par rapport aux autres marchés financiers, estime M. Hanke.- Attirer les étrangers et les jeunes -La place américaine reste de très loin la plus importante au monde, notamment par les immenses capitalisations qu’elle héberge. Mais elle voit la concurrence s’affirmer.L’année dernière, une grande partie des indices européens ont généré des rendements supérieurs à ceux de leurs homologues américains.Avec des plages horaires étendues, Wall Street peut espérer élargir son public à des investisseurs de taille modeste, y compris en dehors du continent américain.Selon le Trésor, près de 18% des actions américaines étaient détenues par des étrangers en 2024, derniers chiffres disponibles.Les nouveaux boursicoteurs, “en particulier les plus jeunes, semblent apprécier l’idée de pouvoir négocier des actions à tout moment, comme ils le font avec les cryptomonnaies et autres actifs numériques, que ce soit la nuit ou le week-end”, reprend Sam Burns.Leur impact sur les cours pourrait toutefois rester limitée. Pour M. Burns, les investisseurs à gros portefeuille ne sont pas forcément intéressés par ces horaires élargis. Et les banques nenth devraient pas faire évoluer leur emploi du temps.”Ainsi, juge l’analyste, même si les Bourses sont ouvertes (en continu, ndlr), si tout le reste ne fonctionne pas 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il devient difficile de tout aligner correctement.”

Kiev dénonce une “nuit de terreur russe” avant une nouvelle journée de pourparlers à Abou Dhabi

L’Ukraine a dénoncé une “nuit de terreur” marquée par des frappes russes nocturnes ayant fait au moins un mort et 27 blessés, avant une deuxième journée de pourparlers samedi entre Ukrainiens, Russes et Américains à Abou Dhabi pour discuter des conditions d’un règlement du conflit.”Efforts de paix? Rencontre trilatérale aux Emirats arabes unis? Diplomatie? Pour les Ukrainiens, c’était une nouvelle nuit de terreur russe”, a dénoncé samedi le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga.”Avec cynisme, (Vladimir) Poutine a ordonné une frappe de missiles brutale et massive contre l’Ukraine au moment où des délégations se rencontrent à Abou Dhabi pour faire avancer le processus de paix mené par les Américains”, a-t-il ajouté, “ses missiles ne frappent pas que les gens, mais aussi la table des négociations”.Des négociateurs russes, ukrainiens et américains reprennent samedi leurs discussions à Abou Dhabi sur les conditions d’un règlement de quatre ans de guerre en Ukraine, un objectif qui bloque sur l’épineuse question du territoire du Donbass.Annonçant des pourparlers difficiles, le Kremlin a répété en préambule exiger de Kiev un retrait de ses forces de ce bassin minier de l’est de l’Ukraine aujourd’hui en grande partie contrôlé par la Russie.Selon le négociateur en chef ukrainien, Roustem Oumerov, les premiers entretiens vendredi ont porté “sur les paramètres permettant de mettre fin à la guerre menée par la Russie et sur la suite logique du processus de négociation visant à progresser vers une paix digne et durable”.Ces pourparlers sont les premières négociations directes connues entre Moscou et Kiev sur le plan américain de règlement de cette guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2022.Côté russe, la délégation est menée par le général Igor Kostioukov qui dirige le renseignement militaire (GRU).Washington est notamment représenté par les émissaires spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.”Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions”, a déclaré à l’issue des premières discussions vendredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.”Il est nécessaire que non seulement l’Ukraine souhaite mettre fin à cette guerre et atteindre une sécurité totale, mais qu’une volonté similaire apparaisse aussi en Russie”, a-t-il ajouté.- “Quitter le Donbass” -Ces rencontres ont lieu alors qu’un “état d’urgence” a été déclaré par les autorités ukrainiennes pour le réseau énergétique, ciblé presque quotidiennement par les frappes russes qui provoquent des coupures d’électricité et de chauffage d’ampleur par des températures glaciales, notamment à Kiev.D’intenses bombardements ont encore fait au moins un mort et 27 blessés à Kiev et Kharkiv, dans le nord-est, dans la nuit de vendredi à samedi.Des milliers d’immeubles ont de nouveau été privés d’eau, de chauffage et d’électricité dans la capitale sur fond de températures chutant sous les -10°C, selon le maire Vitali Klitschko.Selon le président Zelensky, la Russie a frappé l’Ukraine avec 370 drones et 21 missiles, touchant de nombreux bâtiments civils, dont une maternité à Kharkiv.Sur le front, les troupes ukrainiennes sont sur le recul depuis près de deux ans face à un adversaire plus nombreux et mieux armé, Kiev dépendant en grande partie du soutien financier et militaire occidental.”Les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass, elles doivent s’en retirer”, a exigé vendredi le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, “sans règlement de la question territoriale (…), il est inutile d’espérer la conclusion d’un accord de long terme”.Cette réunion à Abou Dhabi s’est tenue au lendemain de deux rencontres à un plus haut niveau: l’une à Davos entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump, et l’autre à Moscou entre Vladimir Poutine et les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.- Sans les Européens -Des négociations directes entre Russes et Ukrainiens avaient déjà eu lieu en 2022 lors de la première année du conflit, puis en 2025 à Istanbul, n’aboutissant que sur des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats.Les nouvelles discussions de cette semaine se tiennent loin de l’Europe et sans participation des pays de l’UE, lesquels craignent que Washington ne pousse Kiev à accepter un accord jugé trop favorable à Moscou. La Russie n’a pour sa part eu de cesse de critiquer l’ingérence des Européens dans les négociations.A Davos jeudi, M. Zelensky avait critiqué une Europe “fragmentée” et “perdue” lorsqu’il s’agit d’influer sur les positions de Donald Trump et manquant de “volonté politique” face à Vladimir Poutine.En marge du Forum économique mondial, il s’était brièvement entretenu avec M. Trump, assurant avoir obtenu du dirigeant américain un accord sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui doit désormais être finalisé par les deux dirigeants et les Parlements des deux pays.

Minnesota: importantes manifestations à Minneapolis, les autorités américaines sur la défensive

En dépit des températures glaciales, les opposants aux opérations antimigrants dans le Minnesota se sont massivement mobilisés vendredi en dépit des tentatives des autorités américaines de calmer l’indignation provoquée par la détention d’un garçon de cinq ans par la police de l’immigration (ICE).Des milliers de personnes ont défilé dans le centre de Minneapolis, la plus grande ville de cet Etat du nord des Etats-Unis, appelant à “abolir ICE” et à “laisser nos voisins tranquilles”. Un rassemblement s’est ensuite tenu sur le terrain de l’équipe locale de NBA.”Je suis ici parce que, si nous ne nous battons pas, (…) le fascisme l’emportera”, a expliqué à l’AFP un manifestant souhaitant rester anonyme.La police de l’immigration est “brutale” et “ne respecte pas la loi”, a déploré un autre, se présentant sous le prénom Aron.D’autres manifestations ont eu lieu autour d’un bâtiment utilisé par ICE et à l’aéroport international de Minneapolis-Saint-Paul, d’où partent les migrants envoyés vers les centres de rétention. Cents membres du clergé ont été arrêté pendant qu’ils manifestaient à l’aéroport et accusés de violation de lieu privé et de désobéissance aux forces de l’ordre, selon la pasteure Mariah Funess Tollgaard qui se trouvait sur place. “Ma foi enseigne que chaque personne est à l’image de Dieu et mérite dignité et sécurité, et qu’en ce moment, toutes les personnes de foi et de conscience morale doivent résister”, a-t-elle déclaré dans un communiqué. – Versions opposées -Répondant au mot d’ordre “Pas de travail. Pas d’école. Pas de shopping”, des commerces et restaurants sont restés fermés.Dans les esprits, Renee Good, Américaine de 37 ans tuée par un agent d’ICE le 7 janvier, et Liam Conejo Ramos, 5 ans, détenu depuis mardi. Une photo, devenue virale, montre le garçonnet apeuré, coiffé d’un bonnet bleu aux oreilles de lapin, portant un sac à dos tenu par une silhouette vêtue de noir.Deux versions s’opposent concernant sa prise en charge par la police de l’immigration.Zena Stenvik, responsable du réseau scolaire local, a accusé les autorités d’avoir utilisé le garçon comme “appât”, en le faisant frapper à la porte de son domicile pour faire sortir les personnes qui s’y trouvaient.Le vice-président JD Vance, en visite à Minneapolis jeudi, a affirmé qu’il avait été récupéré devant son domicile après que son père, originaire d’Equateur et présenté comme clandestin, eut pris la fuite.”Nous ne visions pas l’enfant”, a insisté l’un des dirigeants d’ICE, Marcos Charles, vendredi.Il a assuré que ses hommes avaient “fait tout leur possible pour le réunir avec sa famille” mais que celle-ci avait refusé de lui ouvrir. Les agents d’ICE l’ont “emmené manger dans un restaurant et ont passé des heures à s’assurer qu’il ne manquait de rien”, a ajouté M. Charles, précisant que le garçonnet et son père, Adrian Conejo Arias, avaient été réunis dans un “centre familial en attendant l’issue de leur procédure d’immigration”.M. Conejo Arias se trouve dans un centre de rétention au Texas, selon une base de données fédérale ne répertoriant pas les moins de 18 ans.Leur avocat, Marc Prokosch, a assuré que la famille, qui compte aussi la mère et un frère aîné, a “fait ce qu’on lui avait demandé de faire (…) à chaque étape du processus d’immigration”.- “Mauvais traitements” -Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU s’est dit “sidéré par les mauvais traitements désormais quotidiens” envers les migrants, pressant Washington de “cesser les pratiques qui déchirent les familles”.Cet incident aggrave une situation tendue par la mort de Renee Good. Les élus démocrates locaux et les manifestants contestent la thèse officielle selon laquelle le policier qui l’a tuée aurait agi en état de légitime défense. Ce dernier n’a pas été suspendu.La ministre de la Sécurité Intérieure Kristi Noem a indiqué cette semaine que “plus de 10.000 étrangers en situation irrégulière” et accusés de crimes avaient été arrêtés dans le Minnesota, dont 3.000 au cours des six dernières semaines.Parmi eux, au moins quatre enfants du même réseau scolaire que Liam Conejo Ramos. Des mineurs sont régulièrement confrontés aux services fédéraux de l’immigration, sous des gouvernements républicains comme démocrates.Le Minnesota, dont de nombreuses zones sont des “sanctuaires” limitant la coopération des forces de l’ordre locales avec ICE, a attaqué en justice l’opération en cours. Une audience est prévue lundi.

Vérification de l’âge des internautes: les géants de la tech se renvoient la balle

Qui pour contrôler l’âge des internautes ? Le gouvernement veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici septembre, mais les acteurs du secteur sont divisés sur qui doit assumer la charge de cette vérification et sur le niveau auquel elle doit s’opérer.Le règlement européen sur les services numériques (DSA), entré en vigueur en 2024, stipule que la responsabilité de protéger les mineurs relève des applications ou des sites eux-mêmes.En cas d’interdiction, il incomberait donc en théorie à Meta (Facebook, Instagram), X, TikTok ou encore Snapchat de s’assurer de l’âge de l’utilisateur au moment de son inscription.Ce principe est similaire à celui instauré en 2025 en France pour accéder aux sites pornographiques: l’internaute doit justifier de sa majorité au travers d’une application dédiée ou en présentant une pièce d’identité.Cette méthode a toutefois montré ses limites: “Les sites porno ont mis en place des systèmes de vérification d’âge variés, mais des microsites sont apparus, vers lesquels les gens se déportent car il y a moins de contrôle”, observe Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open).Se pose également un problème de confidentialité, puisque tous les utilisateurs seraient amenés à devoir justifier de leur âge.L’enjeu est de taille: Facebook et Instagram comptent environ 43 millions d’utilisateurs mensuels en France, tandis que TikTok et Snapchat sont fréquentés par plus de 27 millions de Français chaque mois, selon les rapports de transparence de ces entreprises publiés cet été.Dans son projet de loi initial, le gouvernement ne précise pas comment ce blocage doit être assuré techniquement. Il renvoie à ce qui a été fait dans le cadre des sites pornographiques et confie à l’Arcom, le régulateur du numérique, la charge du contrôle.- Les magasins d’applications – Des géants du secteur comme Meta et Snapchat militent pour que la vérification revienne aux boutiques d’applications mobiles de Google et Apple, ce que ces derniers refusent.Meta a appelé à une “réglementation européenne exigeant la vérification de l’âge et un accord parental” au niveau des magasins d’applications afin de “mieux protéger” les mineurs.”Les ados utilisent en moyenne 44 applications par semaine. La vérification de l’âge au niveau de l’app store simplifierait donc la vie des parents qui n’auraient à confirmer l’âge de leur enfant qu’une seule fois au lieu de le faire pour chaque application”, soutient l’entreprise.Au travers de Google Play et de l’App Store, Google et Apple centralisent les téléchargements et jouent un rôle de “douanier”, estime auprès de l’AFP Jean Gonié, directeur régional des affaires publiques de Snapchat, “tandis que nous, on se trouve au bout de la chaîne”.Google réplique notamment que cela pourrait créer un faux sentiment de sécurité, dédouanant les entreprises de leur responsabilité d’investir dans des mesures de protection adaptées à chaque âge.Une position partagée par Apple qui souligne que “seule une petite partie des applications nécessite une vérification de l’âge” et que “le bon endroit” pour appliquer cette vérification se limite “aux sites web et applications” concernés.- Les opérateurs et les appareils – L’Alliance française des industries du numérique (Afnum), dont font partie des constructeurs de téléphones comme Samsung et Xiaomi, demande elle de contrôler l’accès “à partir de la connexion internet (sim pour les mineurs et box internet)” fournie par les opérateurs téléphoniques.Elle estime que “les fournisseurs d’accès internet” doivent être “intégrés à cette chaîne de responsabilités”.Dernier échelon possible: lors de l’achat d’un appareil permettant l’accès à ces plateformes.Une méthode notamment plébiscitée par le géant des sites pornographiques Aylo, qui détient les plateformes Youporn, Pornhub et Redtube.Un premier pas a été fait dans ce sens avec l’entrée en vigueur à l’été 2024 de la loi Studer, qui impose qu’un dispositif de contrôle parental soit pré-installé sur les téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres objets connectés.Activé lors de la mise en service de l’appareil, il doit permettre de bloquer le téléchargement et l’accès à certaines applications.Toutefois, son activation reste aujourd’hui optionnelle et n’empêche pas d’accéder à ces sites via les navigateurs internet.

Vérification de l’âge des internautes: les géants de la tech se renvoient la balle

Qui pour contrôler l’âge des internautes ? Le gouvernement veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici septembre, mais les acteurs du secteur sont divisés sur qui doit assumer la charge de cette vérification et sur le niveau auquel elle doit s’opérer.Le règlement européen sur les services numériques (DSA), entré en vigueur en 2024, stipule que la responsabilité de protéger les mineurs relève des applications ou des sites eux-mêmes.En cas d’interdiction, il incomberait donc en théorie à Meta (Facebook, Instagram), X, TikTok ou encore Snapchat de s’assurer de l’âge de l’utilisateur au moment de son inscription.Ce principe est similaire à celui instauré en 2025 en France pour accéder aux sites pornographiques: l’internaute doit justifier de sa majorité au travers d’une application dédiée ou en présentant une pièce d’identité.Cette méthode a toutefois montré ses limites: “Les sites porno ont mis en place des systèmes de vérification d’âge variés, mais des microsites sont apparus, vers lesquels les gens se déportent car il y a moins de contrôle”, observe Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open).Se pose également un problème de confidentialité, puisque tous les utilisateurs seraient amenés à devoir justifier de leur âge.L’enjeu est de taille: Facebook et Instagram comptent environ 43 millions d’utilisateurs mensuels en France, tandis que TikTok et Snapchat sont fréquentés par plus de 27 millions de Français chaque mois, selon les rapports de transparence de ces entreprises publiés cet été.Dans son projet de loi initial, le gouvernement ne précise pas comment ce blocage doit être assuré techniquement. Il renvoie à ce qui a été fait dans le cadre des sites pornographiques et confie à l’Arcom, le régulateur du numérique, la charge du contrôle.- Les magasins d’applications – Des géants du secteur comme Meta et Snapchat militent pour que la vérification revienne aux boutiques d’applications mobiles de Google et Apple, ce que ces derniers refusent.Meta a appelé à une “réglementation européenne exigeant la vérification de l’âge et un accord parental” au niveau des magasins d’applications afin de “mieux protéger” les mineurs.”Les ados utilisent en moyenne 44 applications par semaine. La vérification de l’âge au niveau de l’app store simplifierait donc la vie des parents qui n’auraient à confirmer l’âge de leur enfant qu’une seule fois au lieu de le faire pour chaque application”, soutient l’entreprise.Au travers de Google Play et de l’App Store, Google et Apple centralisent les téléchargements et jouent un rôle de “douanier”, estime auprès de l’AFP Jean Gonié, directeur régional des affaires publiques de Snapchat, “tandis que nous, on se trouve au bout de la chaîne”.Google réplique notamment que cela pourrait créer un faux sentiment de sécurité, dédouanant les entreprises de leur responsabilité d’investir dans des mesures de protection adaptées à chaque âge.Une position partagée par Apple qui souligne que “seule une petite partie des applications nécessite une vérification de l’âge” et que “le bon endroit” pour appliquer cette vérification se limite “aux sites web et applications” concernés.- Les opérateurs et les appareils – L’Alliance française des industries du numérique (Afnum), dont font partie des constructeurs de téléphones comme Samsung et Xiaomi, demande elle de contrôler l’accès “à partir de la connexion internet (sim pour les mineurs et box internet)” fournie par les opérateurs téléphoniques.Elle estime que “les fournisseurs d’accès internet” doivent être “intégrés à cette chaîne de responsabilités”.Dernier échelon possible: lors de l’achat d’un appareil permettant l’accès à ces plateformes.Une méthode notamment plébiscitée par le géant des sites pornographiques Aylo, qui détient les plateformes Youporn, Pornhub et Redtube.Un premier pas a été fait dans ce sens avec l’entrée en vigueur à l’été 2024 de la loi Studer, qui impose qu’un dispositif de contrôle parental soit pré-installé sur les téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres objets connectés.Activé lors de la mise en service de l’appareil, il doit permettre de bloquer le téléchargement et l’accès à certaines applications.Toutefois, son activation reste aujourd’hui optionnelle et n’empêche pas d’accéder à ces sites via les navigateurs internet.

Venezuela: le général Padrino, militaire clé de l’ère post-Maduro

“Loyauté absolue!”. Le général en chef Vladimir Padrino Lopez qui a juré fidélité pendant des années aux dirigeants chavistes représente désormais un élément crucial pour la présidente par intérim Delcy Rodriguez et son fragile gouvernement.Le militaire le plus haut gradé du pays, ministre de la Défense depuis plus de dix ans, s’est rapidement rangé derrière l’ex-vice présidente, après l’attaque américaine du 3 janvier et la capture du président déchu Nicolas Maduro qui a ébranlé son armée, la Force armée nationale bolivarienne (FANB).Sous pression des Etats-Unis, Mme Rodriguez a absolument besoin du général Padrino pour asseoir son pouvoir, faute d’avoir cultivé elle-même des liens avec les militaires. “Il connaît la structure, il garantit le contrôle de la Force armée”, explique à l’AFP Hebert Garcia, général à la retraite, ancien ministre de Maduro avant de rompre avec le pouvoir.”Delcy (Rodriguez) n’a jamais eu de relation ni d’affinité avec la Force armée, c’est Maduro qui l’avait à travers Padrino”, précise-t-il.Elle a ainsi conservé à son poste Vladimir Padrino Lopez, 62 ans, mais aussi le général Domingo Hernandez Larez, chef du Commandement stratégique opérationnel (CEO), chargé des troupes. Elle a en revanche remplacé le chef de sa garde présidentielle, qui est aussi celui de l’agence de contre‑espionnage, et changé 12 des 28 commandements régionaux.- “Danger” -Le général Padrino, proche du président Hugo Chavez (1999-2013), d’inspiration socialiste, appliquait le concept “d’union civico‑militaire” qui faisait des hommes en uniforme le bras armé du pouvoir.  Sous Maduro, “il a eu l’habileté de maintenir la Force armée unie, entre guillemets, sans qu’elle lui échappe et n’organise un coup d’Etat”, souligne M. Garcia. Mme Rodriguez est plus vulnérable, et même “en danger”, selon une source diplomatique, car “elle ne contrôle pas les forces de sécurité, même si elle bénéficie du tutorat des Etats‑Unis”.La présidente par intérim a opéré un revirement spectaculaire dans les relations de Caracas avec Washington, conflictuelles depuis 27 ans. Et en trois semaines à peine, elle a signé des accords pétroliers, accepté la libération de prisonniers politiques et s’emploie à relancer les relations diplomatiques. Ce rapprochement heurte le sentiment “anti‑impérialiste” professé par le chavisme et le haut commandement de l’armée, mis à rude épreuve par l’humiliation de l’opération américaine du 3 janvier.Pour les garder à sa botte, Nicolas Maduro avait donné aux militaires le contrôle d’entreprises privées, ainsi que des douanes et d’importants ministères, suscitant de nombreuses accusations d’abus et de corruption.- Rempart -Père de deux enfants, amateur de musique traditionnelle vénézuélienne et de lecture, Vladimir Padrino Lopez, tient son prénom de l’admiration de son père pour le révolutionnaire russe Vladimir Ilitch Lénine.Son père avait “toujours eu le regard tourné vers la révolution de Lénine, vers la révolution soviétique”, a-t-il confié.Dans une interview en 2021, il a assuré être devenu soldat grâce à la “providence” après avoir été invité par un ami à l’accompagner à l’Académie militaire. “J’ai passé l’examen, mon camarade n’a pas été admis, moi si”. Il a rencontré Hugo Chavez, alors lieutenant, lors de sa première année comme cadet. “Il a été mon professeur, mon guide”, a confié le général Padrino, toujours en uniforme, même dans ses fonctions ministérielles. Une décision en 2002 a propulsé sa carrière : le bataillon qu’il dirigeait à Caracas ne s’est pas rallié au coup d’Etat qui a évincé Chavez du pouvoir pendant 48 heures. Le commandant Chavez lui aurait alors dit au téléphone : “Padrino, s’il te plaît, ne vous entretuez pas entre frères (…), reste dans ta caserne”.Une fois le coup d’Etat déjoué, Chavez a récompensé sa loyauté et favorisé son ascension. Le militaire, qui a estime que l’armée doit être “bolivarienne, socialiste, anti‑impérialiste et révolutionnaire”, a notamment été responsable d’un plan d’approvisionnement pendant la grave crise de 2016. En 2024, il a suivi Maduro après sa réélection contestée. “Le rôle principal de Padrino aujourd’hui consiste à stabiliser la Force armée, la sortir du rôle politique et la ramener à nouveau sur la scène institutionnelle”, a jugé l’ex-général Hebert Garcia.

L’armement des policiers municipaux, un débat qui n’en est presque plus un

Dans une campagne pour les municipales où la sécurité s’affirme comme la première préoccupation des électeurs, la dotation des policiers municipaux en armes à feu, une demande des agents eux-mêmes, fait de moins en moins débat.Les sondages placent la sécurité en tête des thèmes déterminants pour le scrutin des 15 et 22 mars, et “l’insécurité n’est pas juste un sentiment”, explique à l’AFP Thierry Colomar, président de la Fédération nationale des policiers municipaux de France (FNPMF).Avec l’essor du narcotrafic, “la délinquance se déplace énormément sur le territoire”, notamment “dans les petites communes où il n’y a pas de caméras de surveillance”, et les dealeurs “n’hésitent pas à utiliser leurs armes à feu partout”, détaille le policier municipal.Dans ce contexte, l’idée d’équiper les policiers municipaux d’armes létales ne provoque plus de débats houleux, comme lors des municipales de 2020. La France compte plus de 28.000 policiers municipaux (pour près de 150.000 policiers nationaux), répartis dans 4.500 communes où vit environ 80% de la population, selon le ministère de l’Intérieur. Leur nombre a presque doublé depuis 2012, où ils étaient environ 15.000. Les policiers municipaux sont autorisés à porter des armes à feu létales (de catégorie B1), ainsi que des matraques, bombes lacrymogènes, flash-balls ou tasers.”L’armement de la police municipale, qui n’allait pas de soi historiquement, s’impose désormais comme une évidence pour une large majorité de communes”, note un rapport d’information du Sénat de mai dernier.En France, 83% des polices municipales étaient armées (d’armes létales ou non) en 2023, contre 65% en 2016. Et la part des agents dotés d’une arme à feu de poing est passée de 48% en 2012 à 58% en 2023. Exception notable: Paris, où les plus de 2.200 policiers municipaux ne sont pas armés du tout. C’est “une police d’ultraproximité, pas une police d’intervention”, explique la mairie.Du centre droit à l’extrême droite, les candidats à l’Hôtel de ville Pierre-Yves Bournazel, Rachida Dati, Sarah Knafo et Thierry Mariani proposent d’augmenter les effectifs et de les équiper d’armes à feu.A contrario, le chef de file de la gauche unie (hors LFI) et ancien premier adjoint socialiste, Emmanuel Grégoire, se dit “totalement hostile” à leur armement létal, estimant qu'”aucune des missions confiées à la police municipale ne le justifie”. Les brigades nocturnes pourront néanmoins être dotées de pistolets à impulsion électrique, s’il est élu maire. – “Une arme à la ceinture, ça rassure” -La dotation en arme à feu est une demande des fonctionnaires eux-mêmes. “Ils veulent être armés pour leur sécurité et pour protéger la population, parce qu’ils sont souvent les premiers sur les lieux” d’un incident, explique à l’AFP Jean-Paul Jeandon, maire socialiste de Cergy (Val-d’Oise) et coprésident de la commission prévention de la délinquance et sécurité de l’Association des maires de France. “Avoir une arme à la ceinture pour faire des contrôles routiers la nuit, ça rassure”, estime Stéphane Poupeau, policier municipal à Tours et président du Syndicat national de la sécurité publique. “La mise en place de l’armement est aujourd’hui une condition sine qua non pour développer une police municipale digne de ce nom”, insiste Sofyan El Belqasmi, chef de la police municipale de Saint-Denis, qui est équipée d’armes à feu.Les policiers municipaux suivent une formation obligatoire, dispensée par le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Elle dure 120 jours pour les agents, 183 pour les encadrants. Le maniement des armes leur est enseigné par des moniteurs eux-mêmes formés par la police nationale ou la gendarmerie. Thierry Colomar assure que les entraînements au tir sont “très contrôlés, autant que dans les troupes d’élite comme le GIGN”, l’unité d’intervention de la gendarmerie. Selon lui, l’armement des policiers municipaux “ne devrait plus être un débat”. Alors que 4.500 postes de policiers municipaux restent non pourvus en France, la possibilité d’être armé attire davantage de candidats. Quand Jean-Paul Jeandon a créé en 2022 la brigade de nuit de la police municipale de Cergy, non armée, il n’a reçu aucune candidature. Il lui a fallu doter les postes de nuit d’armes à feu pour qu’ils trouvent preneurs.