L’Iran a mis en garde lundi contre une intervention américaine après le récent mouvement de contestation réprimé dans le sang, au moment où les Etats-Unis renforcent leur présence dans la région, où un porte-avions est arrivé.Le porte-avions Abraham Lincoln et son escorte sont arrivés au Moyen-Orient, “pour promouvoir la sécurité et la stabilité régionales”, a annoncé lundi le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).”Nous avons une grande armada près de l’Iran. Plus grande qu’au Venezuela”, a déclaré le président américain Donald Trump au site Axios, dans une allusion à la capture du chef d’Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier.Donald Trump avait annoncé dès la semaine dernière l’envoi dans le Golfe d’une telle “armada”, maintenant la pression sur Téhéran qu’il a plusieurs fois menacé de frapper.Mais l’Iran “ne permettra pas qu’une menace à la sécurité nationale (…), même à ses prémices, atteigne le stade de l’action”, a martelé lundi un haut responsable militaire iranien cité par la télévision d’Etat.”L’arrivée d’un tel navire de guerre ne va pas affecter la détermination de l’Iran” face à la contestation, a lui aussi réagi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.Plutôt qu’agir comme “un moyen de dissuasion”, la “concentration et l’accumulation de forces” étrangères “accroîtraient plutôt leur vulnérabilité et en feraient des cibles faciles d’accès”, a-t-il averti.Alors que le pays reste coupé d’internet depuis plus de 18 jours, le travail de décompte des morts se poursuit. Une organisation de défense des droits humains a fait état d’un nouveau bilan de près de 6.000 morts, et dit enquêter sur des milliers d’autres possibles décès.- “Qui sème le vent” -Symbole des tensions, les autorités iraniennes ont déployé dans le centre de Téhéran un immense panneau anti-américain montrant un porte-avions ciblé par des frappes aériennes. “Qui sème le vent récolte la tempête”, affirme le slogan traduit en anglais.”La puissance navale de l’Iran n’est pas seulement défensive”, a aussi mis en garde le commandant de la marine iranienne, Shahram Irani, cité par l’agence de presse officielle Irna. Au Liban, le Hezbollah pro-iranien a organisé lundi un rassemblement en soutien à la République islamique, son dirigeant, Naïm Qassem, estimant qu'”une guerre contre l’Iran embraserait la région”. De leur côté, les Emirats arabes unis, qui accueillent une base aérienne américaine dans le voisinage de l’Iran, ont déclaré qu’ils n’autoriseraient pas l’usage de leur territoire pour des attaques contre Téhéran.- Nouveau bilan -Sorti affaibli de la guerre de juin 2025 avec Israël et les Etats-Unis, le pouvoir iranien a étouffé par une violente répression les récentes manifestations.Initié fin décembre par des commerçants contre le marasme économique, le mouvement avait pris le 8 janvier une vaste ampleur, posant à la République islamique son plus grand défi depuis sa création en 1979. Après le blocage ce jour-là de l’accès à internet, le pays reste aujourd’hui largement coupé du monde, a souligné lundi l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, pour qui la mesure vise à “masquer l’ampleur de la répression meurtrière contre les civils”.Hossein Rafieian, un responsable des services de la présidence pour l’économie numérique, a dit lundi espérer un rétablissement de l’accès à internet pour les entreprises dans les deux prochains jours, précisant toutefois que la décision ne relevait pas de son “autorité directe”. Le guide suprême, Ali Khamenei, est apparu pour la dernière fois en public le 17 janvier, avertissant que les autorités “briseraient le dos des séditieux”.Selon Human Rights Activists News Agency (HRANA), 5.848 personnes ont été tuées pendant le mouvement de contestation, dont 5.520 manifestants, 77 mineurs, 209 membres des forces de sécurité et 42 passants.L’organisation examine 17.091 autres possibles décès, les défenseurs des droits humains mettant en garde contre un bilan qui pourrait être bien plus élevé que celui déjà confirmé.HRANA a aussi fait état d’au moins 41.283 arrestations. Le ministère iranien de la Santé a exhorté lundi les personnes blessées lors des manifestations à se rendre à l’hôpital, alors que, selon les ONG, les forces de sécurité y ont procédé à de nombreuses arrestations. Dans le même temps, la télévision d’Etat a diffusé ces dernières semaines au moins 240 prétendus “aveux” de contestataires, d’après HRANA, une pratique dénoncée notamment par Amnesty International et les Nations unies. La semaine dernière, les autorités iraniennes ont donné leur premier bilan total, de 3.117 morts, dont 2.427 sont selon elles des membres des forces de sécurité ou des passants. La chaîne d’opposition Iran International, basée à l’étranger, recense pour sa part plus de 36.500 personnes tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.