Le cyclone Garance frappe La Réunion, en alerte violette

Le cyclone Garance a frappé vendredi matin la façade nord de La Réunion, placée en alerte violette et secouée par de fortes pluies et d’importantes rafales de vent, dépassant les 200 km/h.L’alerte violette, le plus haut niveau qui implique le confinement strict de toute la population, y compris des forces de l’ordre et des services de secours mobilisés, est en vigueur sur l’île de l’océan Indien depuis 09H00 locales (06H00 à Paris).”Garance a atterri à 10h sur le nord de l’île de la Réunion, à proximité de Sainte-Suzanne au stade de cyclone tropical (il était cyclone intense précédemment, ndlr)”, a indiqué Météo-France dans son dernier bulletin publié peu avant 11H00. “Les rafales dépassent les 200 km/h. L’Å“il va traverser l’île et devrait ressortir en mer par le sud dans les 2 ou 3 prochaines heures”, est-il précisé. Des vents soufflant à 214 km/h ont été relevées par Météo-France à l’aéroport international situé dans le nord de l’île, et à 230 km/h sur le Piton Sainte-Rose dans l’extrême est.”Les conditions vont rester très dégradées sur l’ensemble de l’île toute la journée de vendredi”, insiste Météo-France. – “Peur” -“C’est la première fois que je vis un cyclone aussi puissant et c’est aussi la première fois que j’ai aussi peur”, témoigne Vincent Clain, un habitant de Sainte-Marie, dans une île habituée aux événements climatiques. “Dans le jardin, les vents ont déraciné un cocotier et un arbre à litchis, j’ai vraiment cru qu’il allait tomber sur la maison”, relate ce père de famille de 45 ans, joint par téléphone par l’AFP, et qui s’est réfugié avec son épouse, son fils et son chien dans la cuisine, “la pièce la plus protégée de la maison”. “J’avoue que j’ai un peu peur”, a également confié à l’AFP par téléphone Aline Ethève, une habitante de Sainte-Suzanne (à l’est de La Réunion). “L’une des barrières du jardin s’est envolée, la trappe qui donne accès au fond plafond n’arrête pas de se soulever, je crains vraiment que le toit finisse par partir”, ajoute celle qui n’a “plus ni d’électricité, ni de connexion wifi”. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont posté des images de leurs arbres arrachés, de toits envolés et de maisons inondées. La sous-préfecture de Saint-Benoît et les locaux du services départemental d’incendie et de secours (Sdis) de cette commune de l’est ont été en partie inondés. Entre 10H30 et 11H00 (7H30 et 8H00 à Paris), signe du passage de l’œil de Garance sur les terres, un calme relatif s’est installé sur l’île. “Attention à cette accalmie temporaire liée au passage de l’Å“il. De très fortes pluies et une mer très dangereuses” vont de nouveau frapper La Réunion, a alerté Météo-France. Les autorités ont exhorté les habitants à ne pas sortir et à suivre les consignes de sécurité.”J’appelle nos compatriotes réunionnais à la plus grande vigilance et au respect des consignes de sécurité. L’Etat est à vos côtés et nos forces mobilisées. Solidarité de la Nation”, a déclaré sur X jeudi soir le président Emmanuel Macron.”A cette heure, aucune victime n’est à déplorer”, a souligné la préfecture dans un point de situation à 11H00 locales. Quelque 675 personnes sont accueillies dans des centres d’hébergement d’urgence ouverts partout sur l’île, a-t-elle précisé. Selon la préfecture, 145.000 personnes sont actuellement privées d’électricité, soit 30% des clients et plus de 82.000 personnes n’ont plus accès à l’eau potable, soit près de 10% de la population. Plus de 39.000 abonnés (12%) sont aussi privés de réseau Internet.Près de 100 militaires de la sécurité civile (Formisc) et sapeurs-pompiers sont prêts à venir de Mayotte en renfort, dès que la situation le permettra. Et 100 renforts sont préparés à rejoindre La Réunion depuis l’Hexagone, a ajouté le préfet Patrice Latron. – “Impuissant” -Avant l’arrivée du cyclone, les derniers préparatifs avaient rythmé la journée jeudi. A Etang-Salé-Les-Hauts (sud), Jean-Christophe Hoareau, producteur de légumes, retirait jeudi la mort dans l’âme les bâches de ses serres, avec “le sentiment d’être impuissant”. Il sait que ses cultures ne résisteront pas au cyclone.L’aéroport international de La Réunion a suspendu tous ses vols jeudi matin à 10H30. Sur l’île Maurice voisine, distante de 200 km, l’aéroport avait lui cessé toute activité dès mercredi. L’alerte cyclonique y a été levée vendredi matin, mais les habitants sont toujours appelés à la prudence. La Réunion avait été placée en janvier 2024 en alerte violette lors du passage du cyclone intense Belal, qui avait fait quatre morts.

Le délicat accompagnement des mères souffrant d’addiction

Grossesse et maternité sont des périodes particulièrement délicates dans la vie des femmes souffrant d’addiction. Confrontées aux risques de placement des enfants, à des risques sanitaires ou des prises en charge parfois défaillantes, les mères peuvent bénéficier d’accompagnements spécifiques.Au Centre d’accueil et d’accompagnement à la Réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) Espaces-Femmes, à Paris, le personnel a une attention particulière pour la prise en charge des mères usagères de drogues.Entre deux échanges avec la dizaine de femmes présentes au centre, Jessica, éducatrice depuis deux ans au CAARUD et qui ne veut pas donner son nom, décrit à l’AFP “une méconnaissance de ce public-là” pouvant “induire des choses d’office dans l’accompagnement à la parentalité”.La mère peut ainsi être “vite catégorisée comme consommatrice”, déplore-t-elle.”L’usage de drogue est rarement perçu comme pouvant être régulé ou contrôlé, donc on estime qu’une femme enceinte ou une mère consommatrice met forcément son enfant en danger”, décrypte auprès de l’AFP Sarah Perrin, autrice d’une thèse sur les femmes usagères de drogues insérées et responsable scientifique au fonds de recherche “Savoir + Risquer -“.Ce regard négatif peut “créer des consommations ou des comportements cachés qui sont un frein à l’accès aux soins”, abonde Julia Monge, sociologue, qui a décidé de former des étudiants infirmiers à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, pour les sensibiliser à l’accompagnement de ce public.”Je leurs apprends à orienter les discussions avec des questions ouvertes, parler de leur quotidien, plutôt que de cibler ce qui pourrait poser problème, selon eux, dans la parentalité”, explique la formatrice. Ces mères sont en effet exposées à des remarques brutales du personnel médical. Maïssa, 31 ans, sortie de la dépendance à l’héroïne et au cannabis, se souvient ainsi des sages-femmes qui “voulaient” la “forcer à avorter”.- Recevoir sans juger -Pour éviter tout jugement, Simone, infirmière au CAARUD Espace-Femmes qui n’a pas souhaité donner son patronyme, veille à “accueillir leurs paroles”, pour “les accompagner comme elles nous autorisent à le faire”.Certaines femmes arrivent au centre sans avoir forcément conscience d’être enceinte en raison d’une aménorrhée (absence de menstruations) provoquée par la prise de substances. Les femmes peuvent aussi être suivies dans un des 500 centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) dédiés au suivi médical et psychologique des personnes atteintes d’addiction. Dans le XVIIe arrondissement de Paris, l’Hôpital Marmottan en fait partie et dispose d’une unité, où la médecin Dominique Boubilley reçoit les patientes.  “Si une femme vient nous voir, on réalise presque automatiquement une prise de sang afin de vérifier s’il y a grossesse ou non. Ensuite, c’est du cas par cas, mais nous allons établir un premier bilan le premier trimestre et les mettre en lien avec une équipe obstétrique”, détaille la docteure.Les CSAPA et les CAARUD coopèrent avec des unités spécialisées, comme les équipes de liaison et soins en addictologie (ELSA) de la maternité de l’Hôpital Bicêtre, qui effectue un suivi spécifique de ces femmes. L’addictologue et psychiatre Sarah Coscas, à l’origine de l’ouverture de la consultation addictologie dans la maternité, souhaite “être au plus proche d’elles durant la grossesse”. “J’effectue une évaluation à la fois médicale, psychiatrique, sociale et addiction afin d’orienter soit vers une réduction des risques (réduire les consommations), soit vers une abstinence, en fonction des besoins des patientes”, explique-t-elle. – “Bulle” -Un autre défi s’impose après la grossesse: accompagner le post-partum, qui “prolonge cette bulle de la maternité” dans laquelle les femmes disposent d’un “facteur motivationnel” pour réduire ou arrêter leur consommation, selon la psychiatre.Entre suivi de l’allaitement et détection des symptômes de dépression post-partum, les équipes de la maternité de Bicêtre maintiennent un lien régulier avec ces mères.S’il y a le moindre doute sur la capacité du parent à s’occuper du nourrisson, une alerte est transmise à la cellule de recueil et de traitement des informations préoccupantes (CRIP), pouvant déboucher sur un placement du bébé par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Après l’accouchement, et si l’enfant reste auprès de sa mère, Bénédicte, cheffe de service au CAARUD Espaces-Femmes, assure aussi le lien avec les unités mère-enfant(UME), des structures hospitalières prenant en charge les situation de souffrance psychique périnatal.

Athlétisme: “Je ne me fixe pas de limites”, Duplantis vise les 6,30 m en 2025

La superstar suédoise du saut à la perche Armand Duplantis s’estime “capable” de franchir la barre des 6,30 m cette saison, dans un entretien accordé à l’AFP, avant la 10e édition du All Star Perche vendredi à Clermont-Ferrand.Q: Ça doit être un sentiment agréable pour vous d’être de retour en France après votre médaille d’or olympique…R: “Oui, c’est un sentiment particulier. La vie a un peu changé après les Jeux olympiques, donc c’est super sympa. C’est un peu différent à certains égards, et similaire à d’autres. C’est toujours le même objectif, les mêmes adversaires. On veut donner le meilleur de soi-même, continuer à sauter plus haut, à avoir la meilleure carrière possible. Mais c’est différent parce que je suis dans une situation différente, avec de nouveaux projecteurs sur moi. Même s’ils étaient déjà nombreux avant, ça a atteint un autre niveau après les Jeux, mais c’est un rêve donc j’essaie juste d’en profiter.”Q: En 2024, vous avez battu trois fois votre record (désormais à 6,26 m). Pensez-vous pouvoir atteindre les 6,30 m d’ici la fin de l’année?R: “Ce serait génial. C’est un peu l’objectif donc ce serait incroyable. Je pense que j’en suis capable. Bien sûr, les choses doivent se mettre en place, et j’ai besoin de faire une série de compétitions qui se déroulent comme je le souhaite pour pouvoir battre le record du monde, mais je pense que c’est possible. Je ne me fixe pas de limites. Je continue d’avancer et d’essayer de sauter aussi haut que possible. Je pense que je peux m’améliorer et que je peux atteindre des hauteurs plus élevées, c’est certain.”Q: Que pensez-vous de l’absence de saut et de lancer au nouveau Grand Slam Track de Michael Johnson, nouvelle compétition destinée à relancer l’intérêt du public pour l’athlétisme?R: “Je crois qu’il a le droit d’essayer ce qu’il estime être le mieux. Ce sera intéressant de voir comment ça se passe. Il faut divertir les gens et faire en sorte qu’ils regardent. C’est comme ça que cela fonctionne avec le sport si l’on veut qu’il se développe et qu’il soit un succès commercial.”Q: Vous n’êtes pas déçu?R: “Je suis un peu partagé. D’une certaine manière, j’adorerais participer et pouvoir montrer mes compétences, mais je ne pense pas que l’athlétisme soit la vitrine de divertissement parfaite. Je ne suis pas sûr que ce que (Michael Johnson) fait va fonctionner mais il essaie quelque chose. Et si ça marche, ça marche. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas. Mais le saut à la perche peut faire quelque chose de son côté aussi, nous avons beaucoup de compétitions qui ont du succès donc je pense que la perche a trouvé un moyen de réussir seule. Cela peut pousser d’autres disciplines à innover pour rendre leurs compétitions plus créatives.”Q: Le saut et le lancer devraient-ils eux aussi créer leur propre ligue?R: “Oui, peut-être. Je pense qu’il faut essayer quelque chose. Je ne sais pas si ça pourrait marcher mais ça pourrait être intéressant. Je pense que ce serait bien si certains des meilleurs sauteurs en longueur essayaient d’avoir leurs propres événements pour mettre leur sport en avant, comme le fait Renaud (Lavillenie) et comme j’essaie de le faire (à la perche).”Q: L’an dernier vous avez couru le 100 m face à Karsten Warholm (médaillé d’or en 400 m haies aux JO 2021), il faudrait davantage d’événements comme celui-là?R: “Peut-être, c’était très amusant. Ça a été un énorme succès, avec un impact énorme, plus que ce que nous aurions pu même espérer. Parfois, il faut que ce soit divertissant. C’est peut-être le message important, faire en sorte que ce soit un spectacle plutôt qu’une simple compétition effrénée. Si l’on regarde les sports qui réussissent, c’est souvent comme dans un spectacle. Il y a beaucoup de choses autour qui font que c’est un +show+, beaucoup de préparation, et pas seulement le sport en lui-même donc je pense que c’est un bon modèle à suivre.”Q: Malgré votre domination, vous continuez à être motivé. Il n’y a donc pas de risque que vous soyez lassé?R: “Non. Pas question!”Propos recueillis par Lucie LEMAIRE

Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania

Dévorée il y a moins d’un an par les pires incendies qu’a connus la Bolivie, la végétation reprend lentement autour des champs de sésame de Julia Ortiz, une agricultrice indigène de la région de la Chiquitania, dans l’Est du pays.Alors que sa communauté mise sur une méthode innovante de reforestation à l’aide de “bombitas” (petites bombes) en terre remplies de graines et projetées par drone, les troncs calcinés à ses pieds témoignent d’un récent brûlis. La pratique, qui consiste à brûler une parcelle pour ensuite pouvoir la cultiver, est parfois à l’origine de violents incendies, notamment depuis que les épisodes de sécheresse s’intensifient et se prolongent sous l’effet du changement climatique, selon les scientifiques. Julia Ortiz se souvient encore du combat contre les flammes mené pendant toute une nuit avec sa famille il y a cinq ans lors d’un “chaqueo” (brûlis) non maîtrisé. La pratique est largement répandue autant parmi les petites que les grandes exploitations agricoles du pays.”Ca peut arriver à tout le monde. La plupart d’entre nous vivons de l’agriculture et nous devons faire des chaqueos”, explique la paysanne de 46 ans en ramassant des tiges de sésame qu’elle fera ensuite sécher au soleil. Entre juin et octobre dernier, les flammes ont ravagé l’immense région, qui abrite un écosystème unique de forêts tropicales sèches. Selon l’ONG Institut bolivien de recherche forestière (Ibif), 10,7 millions d’hectares ont brûlé, soit l’équivalent de la superficie du Portugal.Au moins quatre personnes sont mortes, selon le gouvernement, et 75.000 familles ont été touchées, notamment à Santa Ana de Velasco, la communauté de Julia Ortiz située à 430 km de la grande ville de Santa Cruz.Carmen Peña, une habitante de 59 ans du village aux rues en terre entouré de prairies et de forêts, a lutté en vain contre les flammes l’année dernière, mais a fini par perdre ses cultures de manioc et de bananes. “Je ne sais pas comment nous allons survivre, car notre nourriture s’épuise”, se lamente l’agricultrice, qui dépend entièrement de sa récolte pour vivre, comme la plupart des habitants de Santa Ana. – “Risque de désertification” -Selon David Cruz, spécialiste du changement climatique à l’Université publique Mayor de San Andrés, à La Paz, “les sols où se produisent les incendies de forêt sont exposés au risque de désertification”.Mais malgré cette situation, la pratique des brûlis avec le risque qu’elle induit se poursuit. “Si on avait des tracteurs, il n’y aurait pas besoin de chaqueo”, confie Julia Ortiz. Comme les 1.700 habitants de sa communauté, elle n’a pas les moyens d’en acheter un ni même de le louer. Elle dit avoir demandé l’aide de la municipalité mais celle-ci lui aurait répondu que ses engins, très sollicités, étaient en panne.”C’est ainsi que nous travaillons, en courant le risque que le feu devienne incontrôlable. Mais c’est tout ce que nous avons”, souligne-t-elle. Pour David Cruz, l’État favorise la déforestation en exemptant de sanctions les responsables d’incendies, en accordant des délais pour se conformer aux lois environnementales et en autorisant les brûlis sur de vastes surfaces.Selon un rapport de l’Ibif, 63,6% de la superficie endommagée par les incendies de 2024 se trouvaient dans des zones boisées, ce qui pourrait être la preuve d’une “forte pression pour étendre la frontière agricole”.Consciente des ravages causés par les incendies, Santa Ana mise, avec le soutien de fondations locales et étrangères, sur une méthode de reforestation par drones.  Dès mars, quelque 250.000 “bombitas” remplies de graines d’espèce natives confectionnées par les femmes de la communauté seront larguées sur 500 hectares grâce à l’appui des fondations Swisscontact et Flades.Dans le village, il ne reste quasiment plus que des femmes et des enfants, la plupart des hommes étant partis chercher du travail ailleurs.”Sans forêts, nous n’aurons pas d’eau”, assure à l’AFP Joaquin Sorioco, paysan et technicien en agroforesterie de Santa Ana. “Cette culture que nous réalisons va aider à retenir plus d’humidité”, poursuit-il.Malgré les pluies qui ont suivi la sécheresse, l’eau reste insuffisante pour la consommation humaine, et les cultures continuent de se dessécher dans les champs.Du côté de la fondation Flades, l’espoir réside aussi dans un changement de pratiques. “Ce que nous avons vécu l’an dernier a été très difficile. Mais, d’une certaine manière, cela a permis une prise de conscience”, assure son directeur Mario Rivera, qui veille à sensibiliser les populations locales au danger des brûlis.

Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania

Dévorée il y a moins d’un an par les pires incendies qu’a connus la Bolivie, la végétation reprend lentement autour des champs de sésame de Julia Ortiz, une agricultrice indigène de la région de la Chiquitania, dans l’Est du pays.Alors que sa communauté mise sur une méthode innovante de reforestation à l’aide de “bombitas” (petites bombes) en terre remplies de graines et projetées par drone, les troncs calcinés à ses pieds témoignent d’un récent brûlis. La pratique, qui consiste à brûler une parcelle pour ensuite pouvoir la cultiver, est parfois à l’origine de violents incendies, notamment depuis que les épisodes de sécheresse s’intensifient et se prolongent sous l’effet du changement climatique, selon les scientifiques. Julia Ortiz se souvient encore du combat contre les flammes mené pendant toute une nuit avec sa famille il y a cinq ans lors d’un “chaqueo” (brûlis) non maîtrisé. La pratique est largement répandue autant parmi les petites que les grandes exploitations agricoles du pays.”Ca peut arriver à tout le monde. La plupart d’entre nous vivons de l’agriculture et nous devons faire des chaqueos”, explique la paysanne de 46 ans en ramassant des tiges de sésame qu’elle fera ensuite sécher au soleil. Entre juin et octobre dernier, les flammes ont ravagé l’immense région, qui abrite un écosystème unique de forêts tropicales sèches. Selon l’ONG Institut bolivien de recherche forestière (Ibif), 10,7 millions d’hectares ont brûlé, soit l’équivalent de la superficie du Portugal.Au moins quatre personnes sont mortes, selon le gouvernement, et 75.000 familles ont été touchées, notamment à Santa Ana de Velasco, la communauté de Julia Ortiz située à 430 km de la grande ville de Santa Cruz.Carmen Peña, une habitante de 59 ans du village aux rues en terre entouré de prairies et de forêts, a lutté en vain contre les flammes l’année dernière, mais a fini par perdre ses cultures de manioc et de bananes. “Je ne sais pas comment nous allons survivre, car notre nourriture s’épuise”, se lamente l’agricultrice, qui dépend entièrement de sa récolte pour vivre, comme la plupart des habitants de Santa Ana. – “Risque de désertification” -Selon David Cruz, spécialiste du changement climatique à l’Université publique Mayor de San Andrés, à La Paz, “les sols où se produisent les incendies de forêt sont exposés au risque de désertification”.Mais malgré cette situation, la pratique des brûlis avec le risque qu’elle induit se poursuit. “Si on avait des tracteurs, il n’y aurait pas besoin de chaqueo”, confie Julia Ortiz. Comme les 1.700 habitants de sa communauté, elle n’a pas les moyens d’en acheter un ni même de le louer. Elle dit avoir demandé l’aide de la municipalité mais celle-ci lui aurait répondu que ses engins, très sollicités, étaient en panne.”C’est ainsi que nous travaillons, en courant le risque que le feu devienne incontrôlable. Mais c’est tout ce que nous avons”, souligne-t-elle. Pour David Cruz, l’État favorise la déforestation en exemptant de sanctions les responsables d’incendies, en accordant des délais pour se conformer aux lois environnementales et en autorisant les brûlis sur de vastes surfaces.Selon un rapport de l’Ibif, 63,6% de la superficie endommagée par les incendies de 2024 se trouvaient dans des zones boisées, ce qui pourrait être la preuve d’une “forte pression pour étendre la frontière agricole”.Consciente des ravages causés par les incendies, Santa Ana mise, avec le soutien de fondations locales et étrangères, sur une méthode de reforestation par drones.  Dès mars, quelque 250.000 “bombitas” remplies de graines d’espèce natives confectionnées par les femmes de la communauté seront larguées sur 500 hectares grâce à l’appui des fondations Swisscontact et Flades.Dans le village, il ne reste quasiment plus que des femmes et des enfants, la plupart des hommes étant partis chercher du travail ailleurs.”Sans forêts, nous n’aurons pas d’eau”, assure à l’AFP Joaquin Sorioco, paysan et technicien en agroforesterie de Santa Ana. “Cette culture que nous réalisons va aider à retenir plus d’humidité”, poursuit-il.Malgré les pluies qui ont suivi la sécheresse, l’eau reste insuffisante pour la consommation humaine, et les cultures continuent de se dessécher dans les champs.Du côté de la fondation Flades, l’espoir réside aussi dans un changement de pratiques. “Ce que nous avons vécu l’an dernier a été très difficile. Mais, d’une certaine manière, cela a permis une prise de conscience”, assure son directeur Mario Rivera, qui veille à sensibiliser les populations locales au danger des brûlis.

Des Etats américains cherchent à criminaliser le “contrôle météorologique”, sur la base de théories complotistes

Des politiques américains, encouragés par des théories complotistes partagées par leurs électeurs, se mobilisent pour interdire les expériences atmosphériques dans leurs États, ce qui pourrait entraver les activités météorologiques locales, mais aussi l’avancée de la recherche scientifique, estiment des experts juridiques.Afin d’expliquer les dernières inondations meurtrières dans le Kentucky ou les ouragans dévastateurs en Floride et Caroline du Nord de 2024, des conspirationnistes se tournent de plus en plus vers des théories infondées de fabrication de nuages bloquant la lumière du soleil et de pulvérisation de substances chimiques dans le ciel.Et des législateurs issus d’une quinzaine d’Etats, comme l’Arizona et la Floride, souhaitent criminaliser toute modification météorologique dans le but d’apaiser leurs électeurs – après que l’Etat du Tennessee a passé une première loi similaire au printemps dernier.Dans le Kentucky, le républicain John Hodgson a déclaré à l’AFP avoir déposé un projet de loi en janvier parce que les citoyens “ne veulent pas que le gouvernement tente de modifier le rayonnement solaire ou les conditions météorologiques”.Aucun programme gouvernemental de ce type n’a pourtant joué un rôle dans les inondations de février, qui ont causé la mort d’au moins 23 personnes.”Rien de cela n’est contrôlé par le gouvernement”, a déclaré Shane Holinde, météorologue au centre climatique du Kentucky.Des experts juridiques interrogés par l’AFP soulignent que ces propositions de loi reposent pour la plupart sur un manque de distinction du public entre des activités météorologiques existantes, telles que des programmes locaux d’ensemencement des nuages dans l’Ouest américain, et la recherche à grande échelle en matière de géo-ingénierie, aux progrès timides.Un projet de loi dans le Kentucky propose, par exemple, l’interdiction de l’injection d’aérosols dans la stratosphère, une technique étudiée en laboratoire.Des chercheurs espèrent que cette méthode permettra un jour de modifier l’équilibre énergétique entre la Terre et le Soleil et ainsi contrer certains effets du changement climatique.Selon Edward Parson, professeur de droit environnemental à UCLA en Californie, ces textes cherchent à “interdire quelque chose qui n’est pas en train de se produire” et alimentent davantage la désinformation sur le sujet.- Projets de loi “farfelus” -Ces projets de loi, confondant toutes sortes de notions scientifiques et ciblant souvent une interdiction générale des expérimentations atmosphériques, risquent de signer l’arrêt de projets existants aux bénéfices environnementaux marginaux visant, par exemple, à préserver les récoltes agricoles de certains Etats.Si ces textes signalent une réaction démesurée de la part de certains politiques américains, Deborah Sivas, professeure de droit environnemental à l’université de Stanford, souligne toutefois l’importance de réglementer les expériences en matière de géo-ingénierie à grande échelle, à mesure que la recherche progresse.Des questions éthiques se posent quant à la modification de “conditions météorologiques au-dessus de l’océan ou d’autres grandes étendues” nationales et internationales, a-t-elle indiqué à l’AFP.Dana Willbanks recense les tentatives d’obstruction de la recherche scientifique aux Etats-Unis pour une organisation à but non lucratif en partenariat avec l’université de Columbia. Elle note une augmentation du “discours climato-sceptique” à tout niveau gouvernemental depuis le début du second mandat du président américain Donald Trump, qui, dès son retour à la Maison Blanche, a pris une série d’initiatives défavorables à la lutte contre le changement climatique.”Nous allons commencer à voir de plus en plus de projets de loi farfelus” comme ces interdictions de contrôler la météo, a-t-elle déclaré.

En Nouvelle-Calédonie, Valls pointe “la politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan

L’Etat mettra “en Å“uvre tous les moyens” pour empêcher les “ingérences étrangères”, a assuré vendredi le ministre des Outre-mer Manuel Valls en marge d’un déplacement en Nouvelle-Calédonie, pointant à nouveau  la “politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans cet archipel français.”L’Azerbaïdjan, en y mettant les moyens, cherche non seulement à influencer le débat politique, à utiliser des moments de crise, comme celui que la Nouvelle-Calédonie a vécu, mais cherche aussi à mener une politique d’ingérence et donc de déstabilisation”, a déclaré le ministre en marge de négociations sur l’avenir institutionnel de l’archipel, à Nouméa. “Réclamer plus de démocratie, plus de protection, avec un pays qui ne pratique pas la démocratie, qui a mené une véritable épuration ethnique dans le Karabakh, montre bien que ses intérêts ne sont pas la protection de je ne sais qui ici, mais bien de nuire à la France”, a-t-il ajouté, après un entretien avec l’ambassadrice de France pour le Pacifique, Véronique Roger-Lacan. La reconquête de toute la région du Karabakh en septembre 2023 par l’armée azerbaïdjanaise, située dans l’ouest de l’Azerbaïdjan, a mis fin à trois décennies de conflit et entraîné la fuite de plus de 100.000 Arméniens qui vivaient dans les zones tenues par des séparatistes.Alors que le ministre conduit des discussions cruciales en Nouvelle-Calédonie sur le futur statut du territoire, des journalistes des territoires ultramarins ont été invités cette semaine à se rendre dans la République du Caucase, afin de “renforcer les liens médiatiques entre l’Azerbaïdjan et les nations affectées par les politiques coloniales françaises”, peut-on lire sur la page Facebook du Groupe Initiative de Bakou (BIG).Créé en juillet 2023, le BIG est une organisation promue par l’Etat azerbaïdjanais très impliquée dans le soutien aux mouvements indépendantistes français. En janvier dernier, la naissance à Nouméa d’un “front international de décolonisation” (FID), regroupant 12 mouvements indépendantistes ultramarins, saluée par l’Azerbaïdjan, avait déjà suscité la polémique. Manuel Valls avait alors déjà dénoncé les “opérations d’ingérence et de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans les territoires ultramarins, accusant Bakou de s’attaquer à l'”intégrité” de la France “sans le moindre scrupule”.”La France est très déterminée à lutter contre toutes les ingérences étrangères. Que chacun le comprenne bien: l’opinion, la liberté de parole et de pensée, d’action, de réfléchir sur les questions internationales sont totalement préservées”, a précisé le ministre, en Nouvelle-Calédonie jusqu’à samedi. “En revanche, participer à des forums, à des actions dont le but est de nuire aux intérêts stratégiques de la France, ici comme ailleurs, c’est inacceptable. Et l’État français mettra tous les moyens pour l’empêcher”, a-t-il affirmé.Depuis des mois, Paris accuse Bakou d'”ingérence” et de manipulation sur la Nouvelle-Calédonie et plus généralement sur les outre-mer, dans un contexte de tensions entre les deux pays en raison du soutien de la France à l’Arménie, le rival historique de l’Azerbaïdjan. 

En Nouvelle-Calédonie, Valls pointe “la politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan

L’Etat mettra “en Å“uvre tous les moyens” pour empêcher les “ingérences étrangères”, a assuré vendredi le ministre des Outre-mer Manuel Valls en marge d’un déplacement en Nouvelle-Calédonie, pointant à nouveau  la “politique de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans cet archipel français.”L’Azerbaïdjan, en y mettant les moyens, cherche non seulement à influencer le débat politique, à utiliser des moments de crise, comme celui que la Nouvelle-Calédonie a vécu, mais cherche aussi à mener une politique d’ingérence et donc de déstabilisation”, a déclaré le ministre en marge de négociations sur l’avenir institutionnel de l’archipel, à Nouméa. “Réclamer plus de démocratie, plus de protection, avec un pays qui ne pratique pas la démocratie, qui a mené une véritable épuration ethnique dans le Karabakh, montre bien que ses intérêts ne sont pas la protection de je ne sais qui ici, mais bien de nuire à la France”, a-t-il ajouté, après un entretien avec l’ambassadrice de France pour le Pacifique, Véronique Roger-Lacan. La reconquête de toute la région du Karabakh en septembre 2023 par l’armée azerbaïdjanaise, située dans l’ouest de l’Azerbaïdjan, a mis fin à trois décennies de conflit et entraîné la fuite de plus de 100.000 Arméniens qui vivaient dans les zones tenues par des séparatistes.Alors que le ministre conduit des discussions cruciales en Nouvelle-Calédonie sur le futur statut du territoire, des journalistes des territoires ultramarins ont été invités cette semaine à se rendre dans la République du Caucase, afin de “renforcer les liens médiatiques entre l’Azerbaïdjan et les nations affectées par les politiques coloniales françaises”, peut-on lire sur la page Facebook du Groupe Initiative de Bakou (BIG).Créé en juillet 2023, le BIG est une organisation promue par l’Etat azerbaïdjanais très impliquée dans le soutien aux mouvements indépendantistes français. En janvier dernier, la naissance à Nouméa d’un “front international de décolonisation” (FID), regroupant 12 mouvements indépendantistes ultramarins, saluée par l’Azerbaïdjan, avait déjà suscité la polémique. Manuel Valls avait alors déjà dénoncé les “opérations d’ingérence et de déstabilisation” de l’Azerbaïdjan dans les territoires ultramarins, accusant Bakou de s’attaquer à l'”intégrité” de la France “sans le moindre scrupule”.”La France est très déterminée à lutter contre toutes les ingérences étrangères. Que chacun le comprenne bien: l’opinion, la liberté de parole et de pensée, d’action, de réfléchir sur les questions internationales sont totalement préservées”, a précisé le ministre, en Nouvelle-Calédonie jusqu’à samedi. “En revanche, participer à des forums, à des actions dont le but est de nuire aux intérêts stratégiques de la France, ici comme ailleurs, c’est inacceptable. Et l’État français mettra tous les moyens pour l’empêcher”, a-t-il affirmé.Depuis des mois, Paris accuse Bakou d'”ingérence” et de manipulation sur la Nouvelle-Calédonie et plus généralement sur les outre-mer, dans un contexte de tensions entre les deux pays en raison du soutien de la France à l’Arménie, le rival historique de l’Azerbaïdjan.Â