Toute la Suisse est appelée vendredi à rendre hommage aux jeunes victimes de l’incendie d’un bar qui a endeuillé la station de ski de Crans-Montana la nuit du nouvel an, faisant 40 morts et 116 blessés.Après le drame, les enquêteurs devront faire la lumière sur les responsabilités des propriétaires Jacques et Jessica Moretti, un couple de Français qui se retrouve mis en cause. Ils étaient auditionnés vendredi par le ministère public à Sion, la capitale régionale. L’affaire est entourée de nombreuses interrogations sur ce qui a pu conduire au drame, mais aussi de polémiques, notamment sur l’absence de mesures de privation de liberté des propriétaires du bar, ou le fait que l’établissement – Le Constellation – n’a pas été contrôlé depuis 2019.Dans l’ensemble de la Confédération, le gouvernement et les Eglises ont invité la population à observer une minute de silence à 14H00 (13H00 GMT). Les cloches des églises retentiront ensuite partout en Suisse.Dans le même temps, une cérémonie commémorative doit se tenir à Martigny, ville située dans la vallée du Rhône, non loin de Crans-Montana, et elle aussi dans le canton du Valais. La France et l’Italie, particulièrement endeuillées par le drame avec respectivement neuf et six morts et de nombreux blessés, seront représentées par les présidents Emmanuel Macron et Sergio Mattarella. Les capacités d’accueil et les conditions météo devraient y être plus favorables qu’à Crans-Montana, balayée par la neige depuis jeudi soir, mais où des écrans géants permettront aussi à la population de suivre les cérémonies.- “C’était dur” -Devant Le Constellation, un mémorial orné de fleurs, de bougies, de peluches et de photos des victimes, était recouvert d’une toile blanche en forme d’igloo pour le protéger de la neige.Sur une table, un épais livre de condoléances est déjà presque rempli. “Un deuil, un grand deuil national à jamais gravé dans nos esprits. Paix à leur âme. Toutes mes pensées aux parents, familles et amis”, dit l’un des messages.Johan Verthoogen, un Belge de 31 ans qui réside à Genève, se trouvait dans un autre établissement tout près du bar incendié. Il raconte à l’AFP avoir assisté les secours comme il a pu.”On les a couverts et tout ça, par des couvertures. C’était dur (…) De voir des corps comme ça… c’est des enfants, ils ont 16 ans, 17 ans”, se remémore-t-il.Au total, 19 nationalités ont été frappées par la tragédie qui a fait 40 morts – dont une moitié de mineurs – et 116 blessés. Selon un dernier décompte, un total de 83 blessés demeurent à ce jour hospitalisés en Suisse, mais aussi dans des services pour grands brûlés en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.A Sion, Jacques et Jessica Moretti sont arrivés main dans la main vendredi peu avant 8H00 au siège du ministère public, au milieu d’une nuée de journalistes. Il s’agit de leur première audition depuis l’ouverture le 3 janvier d’une instruction pénale les visant pour “homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence”.- Responsabilités de A à Z -“On attend que nos clients, que les familles puissent avoir des réponses, (…) que toutes les responsabilités de A à Z soient établies”, a commenté sur place un des avocats des victimes, maître Romain Jordan, qui devait assister à cette audience portant – selon une source proche du dossier – sur la situation personnelle du couple.Selon l’avocat, les familles veulent savoir “pourquoi ce drame, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, a pu se produire ici, en Suisse, malgré tout un arsenal juridique, un arsenal législatif, un arsenal de surveillance.”Mardi, la commune de Crans-Montana avait provoqué une première secousse dans l’enquête en reconnaissant une faute grave: aucune inspection sécurité et incendie du bar n’a été effectuée depuis 2019. Ce qui a suscité la consternation des familles de victimes.Jacques Moretti – connu de la justice française et condamné pour une affaire de proxénétisme en 2008 – et son épouse n’ont été ni placés en détention provisoire, ni assignés à résidence, provoquant l’étonnement notamment des autorités italiennes. D’après les premiers éléments de l’enquête, le drame aurait été provoqué par des bougies étincelantes entrées en contact avec le plafond du sous-sol du bar Le Constellation, sis en bas d’un immeuble de la station cossue du Valais.L'”embrasement généralisé” et soudain du local aurait ensuite piégé les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes.En cette soirée de la Saint-Sylvestre, l’établissement était bondé et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des bousculades de personnes tentant désespérément de sortir au niveau du rez-de chaussée.