Des rayons vides au G20 en une génération: le “miracle” polonais

Lorsqu’en 1980, le leader du syndicat Solidarité Lech Walesa promettait que la Pologne deviendrait “un deuxième Japon”, alors symbole de prospérité et de modernité, beaucoup en riaient. Pourtant, sa prophétie est en voie de se réaliser, et la Pologne s’invite au G20, même si des nuages guettent.Depuis la chute du communisme il y a 35 ans, la Pologne est passée d’une économie planifiée où les biens étaient rationnés et les magasins vides, à un pays considéré désormais comme l’un des moteurs de la croissance européenne.L’Office central de la statistique a annoncé ce vendredi que le PIB polonais avait progressé de 3,6% en 2025, une des meilleures performances du continent.Et cette année, le PIB polonais par habitant à parité du pouvoir d’achat dépassera celui du Japon, et atteindra plus de 80% de la moyenne européenne, indiquent le FMI et Eurostat. Selon les experts, en une dizaine d’années la Pologne pourrait bien atteindre cette moyenne.”Pour ma génération c’est un immense succès, pour la génération de mes parents, c’est un miracle”, se félicitait récemment le ministre polonais des Finances Andrzej Domanski.Depuis la fin du communisme en 1989, le pays n’a jamais connu de récession annuelle et, en 2026, la croissance devrait dépasser les 3,4% attendus par le gouvernement, soit une des meilleures performances de l’UE.Le taux de chômage, selon Eurostat, est d’un peu plus de 3%.Avec un PIB d’environ mille milliards de dollars, la Pologne est classée désormais 20e économie mondiale, devant la Suède, la Suisse et Taïwan.Selon un sondage de l’institut CBOS publié fin décembre, 67% des Polonais se déclarent satisfaits de leur situation matérielle, un record historique.”Non seulement nous rattrapons l’Occident, mais nous l’avons dépassé dans de nombreux aspects du quotidien”, estime Maciej Witucki, président de l’association du patronat polonais Lewiatan.Une pointe d’humour dans la voix, cet ancien président d’Orange Pologne évoque l’ampleur des changements: “En France, en trente ans, la seule chose qui a changé, ce sont les prix, désormais en euros et non plus en francs. A Varsovie, tout change tous les deux ou trois ans”. Autour de lui, le musée d’art moderne inauguré récemment au coeur de la capitale et les gratte‑ciel témoignent de ces transformations rapides.Forte de ses indicateurs économiques, Varsovie n’a toujours nullement l’intention de rejoindre la zone euro.- “Rattraper l’Occident” -Bastien Loiseau, cinéaste franco-polonais installé à Varsovie depuis vingt ans, confirme: “Par rapport à la France, un pays difficile à faire bouger, la Pologne change énormément”.Partis de loin, les Polonais ont, selon lui, davantage envie de créer, de moderniser, d’améliorer.Au-delà des données économiques, le pays fonctionne bien: réseau autoroutier moderne, transports performants, internet haut débit généralisé, sécurité et propreté dans l’espace public, avec à la clé un afflux croissant de touristes étrangers.Dans les années 1990, la Pologne disposait d’une main-d’oevre qualifiée et peu coûteuse, rappelle Maciej Witucki. Mais surtout, d’une motivation intense à “rattraper l’Occident”.Jean Rossi, avocat d’affaires français installé de longue date en Pologne, estime que “ce miracle est avant tout dû aux Polonais eux-mêmes”. Et de vanter la qualité de leur formation, leur motivation et leur conscience “qu’ils ne peuvent compter aucunement sur l’État”.Après les réformes économiques radicales des années 1990, l’adhésion à l’Union européenne en 2004 a joué un rôle déterminant pour le succès du pays. “La Pologne a extrêmement bien utilisé les fonds européens, que ce soit pour moderniser ses infrastructures ou pour l’industrie”, souligne Witucki. Les PME polonaises sont aujourd’hui performantes grâce à des équipements modernes, largement financés grâce aux fonds européens.- “Plus personne pour travailler” -Mais ce tableau flatteur a aussi ses zones d’ombre. Si l’État se félicite de la bonne santé économique, certains économistes s’inquiètent du grand poids budgétaire des dépenses sociales, et la proximité de la guerre en Ukraine refroidit aussi des investisseurs.C’est pourtant le taux de natalité tombé au-dessous de 1,1 enfant par femme qui constitue la principale menace. La Pologne est désormais le pays le moins fécond d’Europe et, ironie du sort, rattrape le Japon aussi sur ce point.Sa population, actuellement inférieure à 38 millions, pourrait chuter à 30 millions d’ici 2060, selon l’Office polonais des Statistiques GUS. “Il n’y aura plus personne pour travailler”, prévient Jean Rossi. Dans ce cas, poser des obstacles à l’immigration ukrainienne pourrait s’avérer contre-productif.Les experts pointent aussi un faible niveau d’innovation et de dépenses dans la recherche, l’un des plus bas de l’UE. Sous-payer les scientifiques entraîne une fuite des talents. Jean Rossi reste pourtant optimiste: “On ne peut pas tout faire d’un coup. Il fallait d’abord construire les infrastructures, maintenant que c’est fait, ils vont se tourner vers la recherche et le développement”.De grands projets se précisent déjà: centrales nucléaires, trains à grande vitesse, industrie spatiale — autant de chantiers exigeant des compétences de pointe.
Lorsqu’en 1980, le leader du syndicat Solidarité Lech Walesa promettait que la Pologne deviendrait “un deuxième Japon”, alors symbole de prospérité et de modernité, beaucoup en riaient. Pourtant, sa prophétie est en voie de se réaliser, et la Pologne s’invite au G20, même si des nuages guettent.Depuis la chute du communisme il y a 35 ans, la Pologne est passée d’une économie planifiée où les biens étaient rationnés et les magasins vides, à un pays considéré désormais comme l’un des moteurs de la croissance européenne.L’Office central de la statistique a annoncé ce vendredi que le PIB polonais avait progressé de 3,6% en 2025, une des meilleures performances du continent.Et cette année, le PIB polonais par habitant à parité du pouvoir d’achat dépassera celui du Japon, et atteindra plus de 80% de la moyenne européenne, indiquent le FMI et Eurostat. Selon les experts, en une dizaine d’années la Pologne pourrait bien atteindre cette moyenne.”Pour ma génération c’est un immense succès, pour la génération de mes parents, c’est un miracle”, se félicitait récemment le ministre polonais des Finances Andrzej Domanski.Depuis la fin du communisme en 1989, le pays n’a jamais connu de récession annuelle et, en 2026, la croissance devrait dépasser les 3,4% attendus par le gouvernement, soit une des meilleures performances de l’UE.Le taux de chômage, selon Eurostat, est d’un peu plus de 3%.Avec un PIB d’environ mille milliards de dollars, la Pologne est classée désormais 20e économie mondiale, devant la Suède, la Suisse et Taïwan.Selon un sondage de l’institut CBOS publié fin décembre, 67% des Polonais se déclarent satisfaits de leur situation matérielle, un record historique.”Non seulement nous rattrapons l’Occident, mais nous l’avons dépassé dans de nombreux aspects du quotidien”, estime Maciej Witucki, président de l’association du patronat polonais Lewiatan.Une pointe d’humour dans la voix, cet ancien président d’Orange Pologne évoque l’ampleur des changements: “En France, en trente ans, la seule chose qui a changé, ce sont les prix, désormais en euros et non plus en francs. A Varsovie, tout change tous les deux ou trois ans”. Autour de lui, le musée d’art moderne inauguré récemment au coeur de la capitale et les gratte‑ciel témoignent de ces transformations rapides.Forte de ses indicateurs économiques, Varsovie n’a toujours nullement l’intention de rejoindre la zone euro.- “Rattraper l’Occident” -Bastien Loiseau, cinéaste franco-polonais installé à Varsovie depuis vingt ans, confirme: “Par rapport à la France, un pays difficile à faire bouger, la Pologne change énormément”.Partis de loin, les Polonais ont, selon lui, davantage envie de créer, de moderniser, d’améliorer.Au-delà des données économiques, le pays fonctionne bien: réseau autoroutier moderne, transports performants, internet haut débit généralisé, sécurité et propreté dans l’espace public, avec à la clé un afflux croissant de touristes étrangers.Dans les années 1990, la Pologne disposait d’une main-d’oevre qualifiée et peu coûteuse, rappelle Maciej Witucki. Mais surtout, d’une motivation intense à “rattraper l’Occident”.Jean Rossi, avocat d’affaires français installé de longue date en Pologne, estime que “ce miracle est avant tout dû aux Polonais eux-mêmes”. Et de vanter la qualité de leur formation, leur motivation et leur conscience “qu’ils ne peuvent compter aucunement sur l’État”.Après les réformes économiques radicales des années 1990, l’adhésion à l’Union européenne en 2004 a joué un rôle déterminant pour le succès du pays. “La Pologne a extrêmement bien utilisé les fonds européens, que ce soit pour moderniser ses infrastructures ou pour l’industrie”, souligne Witucki. Les PME polonaises sont aujourd’hui performantes grâce à des équipements modernes, largement financés grâce aux fonds européens.- “Plus personne pour travailler” -Mais ce tableau flatteur a aussi ses zones d’ombre. Si l’État se félicite de la bonne santé économique, certains économistes s’inquiètent du grand poids budgétaire des dépenses sociales, et la proximité de la guerre en Ukraine refroidit aussi des investisseurs.C’est pourtant le taux de natalité tombé au-dessous de 1,1 enfant par femme qui constitue la principale menace. La Pologne est désormais le pays le moins fécond d’Europe et, ironie du sort, rattrape le Japon aussi sur ce point.Sa population, actuellement inférieure à 38 millions, pourrait chuter à 30 millions d’ici 2060, selon l’Office polonais des Statistiques GUS. “Il n’y aura plus personne pour travailler”, prévient Jean Rossi. Dans ce cas, poser des obstacles à l’immigration ukrainienne pourrait s’avérer contre-productif.Les experts pointent aussi un faible niveau d’innovation et de dépenses dans la recherche, l’un des plus bas de l’UE. Sous-payer les scientifiques entraîne une fuite des talents. Jean Rossi reste pourtant optimiste: “On ne peut pas tout faire d’un coup. Il fallait d’abord construire les infrastructures, maintenant que c’est fait, ils vont se tourner vers la recherche et le développement”.De grands projets se précisent déjà: centrales nucléaires, trains à grande vitesse, industrie spatiale — autant de chantiers exigeant des compétences de pointe.