Enorme coup de filet dans le trafic de drogues de synthèse en Europe

Europol a annoncé mercredi le démantèlement d’un important réseau de production et de distribution de drogues de synthèse opérant dans plusieurs pays européens, lors de la “plus vaste opération jamais menée” de ce type.Les autorités des pays concernés ont démantelé 24 laboratoires, saisi plus de neuf tonnes de stupéfiants et quelque 1.000 tonnes de produits chimiques servant à la fabrication de drogues telles que la MDMA, l’amphétamine, la méthamphétamine et la cathinone.”Je travaille dans ce domaine depuis un certain temps. C’est de loin la plus importante opération que nous ayons jamais menée contre la production et la distribution de drogues de synthèse”, a déclaré à l’AFP Andy Kraag, directeur du Centre européen de lutte contre la criminalité organisée d’Europol.Au total, plus de 85 personnes ont été arrêtées, dont les deux chefs présumés du réseau, tous deux originaires de Pologne, a précisé M. Kraag.”Je pense qu’il s’agit d’un véritable coup dur porté aux groupes criminels impliqués dans le trafic de drogue, et plus particulièrement de drogues de synthèse”, a ajouté M. Kraag.Les profits générés étaient “considérables”, a précisé la police polonaise lors d’une conférence de presse à Varsovie. Pour chaque euro dépensé pour la production de drogue, les trafiquants réalisaient 30 euros de bénéfices.Cette opération, qui a duré un an, a mobilisé les polices de Belgique, de République tchèque, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Pologne et d’Espagne. Des unités de lutte contre la cybercriminalité ont également retracé les flux de cryptomonnaie.- Produits reconditionnés -Les soupçons ont été éveillés en 2024 lorsque la police polonaise a repéré un réseau important de grandes quantités de produits chimiques légaux en provenance de Chine et d’Inde.”Ces précurseurs étaient légaux, généralement utilisés dans l’industrie pharmaceutiques” mais les quantités acquises et transformées étaient “très importantes, sans rapport avec les besoins réels des entreprises” agissant comme couverture du trafic, a souligné la police polonaise.L’enquête a révélé par la suite que ces produits étaient reconditionnés, mal étiquetés et redistribués en Europe à des laboratoires fabriquant des drogues de synthèse.La police polonaise a diffusé des images de l’opération montrant des dizaines de bidons et de cuves contenant les précurseurs stockés dans divers entrepôts, ainsi que des laboratoires de transformation perquisitionnés par des enquêteurs lourdement armés.La majorité des personnes arrêtées sont polonaises, mais des ressortissants belges et néerlandais seraient également impliqués dans ces opérations criminelles, selon Europol, agence de police européenne basée à La Haye.Selon M. Kraag, l’opération s’inscrit dans une stratégie de démantèlement de la chaîne d’approvisionnement visant à tarir le secteur des drogues de synthèse à la source.”Ces groupes criminels n’ont plus d’approvisionnement”, a-t-il déclaré à l’AFP.Pour prévenir de futurs cas de trafic d’une ampleur comparable, le commandant en chef de la police polonaise, Marek Boron, a indiqué à l’AFP que les forces de l’ordre “mettent constamment à jour la liste des précurseurs qui arrivent sur le marché”. “Nous sommes en permanence en train de déterminer quels produits chimiques sont actuellement détournés pour la fabrication de drogues”, a-t-il souligné. Outre les risques sanitaires liés à la consommation de ces drogues, M. Kraag a souligné les problèmes connexes de violence, de corruption et de blanchiment d’argent dans ce milieu criminel.La production de drogues de synthèse a également un impact environnemental désastreux, a-t-il noté.Les autorités ont saisi plus de 120.000 litres de déchets chimiques toxiques que les criminels déversent en général sur les terres ou dans les cours d’eau.”Aujourd’hui, c’est du profit pour les criminels. Demain, ce sera de la pollution”, a ajouté M. Kraag.Les polices européennes ont d’autres cibles en ligne de mire à la suite de cette opération réussie.”Il s’agit de l’un des plus importants (groupes de) trafiquants. Mais ce n’est pas le seul. Nous poursuivons donc nos recherches”, a averti M. Kraag.ric-cvo-gab-ks/sw/clc