Gangs ou collectifs de rue ? Le flou autour d’une réalité guadeloupéenne au procès des émeutes de 2021

Artistes, médiateurs, employés municipaux ou policier: les prévenus du procès des émeutes de 2021 en Guadeloupe, jugés depuis lundi à Fort-de-France (Martinique), ont tous en commun d’évoluer dans des quartiers populaires de l’archipel. Mais l’accusation de liens avec des “gangs” soulève débats et contestations à la barre.Deux d’entre eux seraient “leaders” de groupes apparentés à des gangs, selon un procès-verbal de renseignement de la gendarmerie consulté par l’AFP. Le document évoque des “structures hiérarchisées, ancrées sur un territoire avec des têtes de réseau et des lieutenants chargés d’exécuter des instructions liées à leurs activités criminelles”.Deux gangs majeurs seraient à l’œuvre en Guadeloupe, Sektion Kriminel et Chien La Ri, comptant respectivement 300 et 200 membres, selon ce même document. Ces deux groupes, connus dans l’archipel depuis le début des années 2000, étaient rivaux jusqu’en 2016.Sektion Kriminel, basé à Pointe-à-Pitre, réunit des rappeurs, souvent arborant la couleur violette.Les Chien La Ri sont aussi officiellement connus pour être un collectif d’artistes. Originaires de Baie-Mahault (centre de la Guadeloupe), ils s’étaient vus mettre à disposition un studio d’enregistrement par le maire de l’époque, Ary Chalus, actuellement président de la région Guadeloupe.Le procureur général près la cour d’appel de Basse-Terre Éric Maurel fait régulièrement référence à eux, alertant sur la structuration de ces groupes, leur évolution et leur implications dans des affaires de grand banditisme.Les accusés démentent fermement cette vision des choses. “Quand je lis certaines choses, j’ai l’impression qu’on se raconte un film”, réplique à la barre Noël Daufour, surnommé Oneel, présenté comme un membre important de Sektion Kriminel.Il est accusé, avec les 12 autres prévenus de ce procès, d’avoir été un organisateur des émeutes de fin 2021 en Guadeloupe, sur fond de contestation du pass sanitaire pendant l’épidémie de Covid-19. Des bâtiments publics et commerciaux avaient été détruits, des barricades installées: une violence “planifiée et organisée”, selon le procureur de la République de l’époque, Patrick Desjardins.- Clips de rap -Mais c’est sur leur rapport à la violence, à la musique, à la Guadeloupe que les prévenus sont interrogés au prétoire. Tous évoquent des “violences institutionnelles” à laquelle ils ont été confrontés. La musique chez eux est omniprésente.”On relate une réalité avec le souci de décrire et de dénoncer”, défend Noël Daufour, interrogé sur la violence des paroles de ses morceaux et les armes qu’on y voit.Lui se présente comme “pacificateur”, y compris en détention lors d’anciennes condamnations. Après une peine de prison en 2016, il raconte avoir entrepris “d’apaiser les relations” avec d’autres groupes, dont les Chien La Ri, menés selon l’accusation par Frédéric “Bwana” Dumesnil, lui aussi sur le banc des prévenus.”Les gangs, c’est quelque chose qui est structuré, qui a des ramifications à l’étranger, il y a parfois des rituels de passage pour les intégrer: je n’ai jamais vu ça en Guadeloupe”, assure ce dernier, employé comme médiateur pour la commune de Baie-Mahault et connu pour son travail associatif auprès des jeunes.Autre prévenu, Loïc Chenilco est lui aussi médiateur pour la commune des Abymes (centre) et artiste, auteur de morceaux de trap -un courant du rap- aux paroles parfois militantes, et aux clips montrant souvent des armes.”Quand on vient de quartier difficile, on a un sentiment d’appartenance”, explique-t-il, disant avoir grandi à neuf enfants dans un trois-pièces insalubre, “l’équivalent d’une favela”.Adrien Roux, substitut du procureur à Fort-de-France, concède l’aspect “nébuleux” de ce phénomène de gangs aux contours peu connus. Il n’y a pas d’affaire judiciaire en cours en faisant cas et selon une source judiciaire, “aucun indicateur n’existe en Guadeloupe sur des faits liés aux gangs, auxquels les auteurs ne revendiquent jamais leur appartenance”.
Artistes, médiateurs, employés municipaux ou policier: les prévenus du procès des émeutes de 2021 en Guadeloupe, jugés depuis lundi à Fort-de-France (Martinique), ont tous en commun d’évoluer dans des quartiers populaires de l’archipel. Mais l’accusation de liens avec des “gangs” soulève débats et contestations à la barre.Deux d’entre eux seraient “leaders” de groupes apparentés à des gangs, selon un procès-verbal de renseignement de la gendarmerie consulté par l’AFP. Le document évoque des “structures hiérarchisées, ancrées sur un territoire avec des têtes de réseau et des lieutenants chargés d’exécuter des instructions liées à leurs activités criminelles”.Deux gangs majeurs seraient à l’œuvre en Guadeloupe, Sektion Kriminel et Chien La Ri, comptant respectivement 300 et 200 membres, selon ce même document. Ces deux groupes, connus dans l’archipel depuis le début des années 2000, étaient rivaux jusqu’en 2016.Sektion Kriminel, basé à Pointe-à-Pitre, réunit des rappeurs, souvent arborant la couleur violette.Les Chien La Ri sont aussi officiellement connus pour être un collectif d’artistes. Originaires de Baie-Mahault (centre de la Guadeloupe), ils s’étaient vus mettre à disposition un studio d’enregistrement par le maire de l’époque, Ary Chalus, actuellement président de la région Guadeloupe.Le procureur général près la cour d’appel de Basse-Terre Éric Maurel fait régulièrement référence à eux, alertant sur la structuration de ces groupes, leur évolution et leur implications dans des affaires de grand banditisme.Les accusés démentent fermement cette vision des choses. “Quand je lis certaines choses, j’ai l’impression qu’on se raconte un film”, réplique à la barre Noël Daufour, surnommé Oneel, présenté comme un membre important de Sektion Kriminel.Il est accusé, avec les 12 autres prévenus de ce procès, d’avoir été un organisateur des émeutes de fin 2021 en Guadeloupe, sur fond de contestation du pass sanitaire pendant l’épidémie de Covid-19. Des bâtiments publics et commerciaux avaient été détruits, des barricades installées: une violence “planifiée et organisée”, selon le procureur de la République de l’époque, Patrick Desjardins.- Clips de rap -Mais c’est sur leur rapport à la violence, à la musique, à la Guadeloupe que les prévenus sont interrogés au prétoire. Tous évoquent des “violences institutionnelles” à laquelle ils ont été confrontés. La musique chez eux est omniprésente.”On relate une réalité avec le souci de décrire et de dénoncer”, défend Noël Daufour, interrogé sur la violence des paroles de ses morceaux et les armes qu’on y voit.Lui se présente comme “pacificateur”, y compris en détention lors d’anciennes condamnations. Après une peine de prison en 2016, il raconte avoir entrepris “d’apaiser les relations” avec d’autres groupes, dont les Chien La Ri, menés selon l’accusation par Frédéric “Bwana” Dumesnil, lui aussi sur le banc des prévenus.”Les gangs, c’est quelque chose qui est structuré, qui a des ramifications à l’étranger, il y a parfois des rituels de passage pour les intégrer: je n’ai jamais vu ça en Guadeloupe”, assure ce dernier, employé comme médiateur pour la commune de Baie-Mahault et connu pour son travail associatif auprès des jeunes.Autre prévenu, Loïc Chenilco est lui aussi médiateur pour la commune des Abymes (centre) et artiste, auteur de morceaux de trap -un courant du rap- aux paroles parfois militantes, et aux clips montrant souvent des armes.”Quand on vient de quartier difficile, on a un sentiment d’appartenance”, explique-t-il, disant avoir grandi à neuf enfants dans un trois-pièces insalubre, “l’équivalent d’une favela”.Adrien Roux, substitut du procureur à Fort-de-France, concède l’aspect “nébuleux” de ce phénomène de gangs aux contours peu connus. Il n’y a pas d’affaire judiciaire en cours en faisant cas et selon une source judiciaire, “aucun indicateur n’existe en Guadeloupe sur des faits liés aux gangs, auxquels les auteurs ne revendiquent jamais leur appartenance”.