La chambre basse du Parlement japonais a été formellement dissoute vendredi à l’initiative de la Première ministre Sanae Takaichi, qui espère capitaliser sur sa cote de popularité lors de législatives anticipées le 8 février, tout en devant faire face à une inflation toujours soutenue.La chambre basse du Parlement nippon a été officiellement dissoute dans la matinée via une lettre lue dans l’hémicycle par le président de l’institution, tandis que les députés scandaient le traditionnel cri de ralliement “Banzai!”.Cette dissolution décidée par Mme Takaichi, devenue en octobre la première femme cheffe du gouvernement de l’archipel, ouvre la voie à des élections législatives anticipées le 8 février.La dirigeante ultra-nationalise mise sur ses bons sondages d’opinion pour doper les scores de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), alors que la coalition gouvernementale n’est majoritaire que de justesse au Parlement.Un scrutin placé sous le signe de l’économie dans un pays longtemps hanté par la déflation mais confronté depuis trois ans et demi à la flambée du coût de la vie et à la faiblesse chronique du yen qui renchérit les produits importés.Juste avant cette dissolution, des chiffres officiels ont fait état d’un ralentissement de l’inflation (hors produits frais) à 2,4% sur un an en décembre, en-deçà des 3% enregistrés en novembre.Un essoufflement qui s’explique essentiellement par les subventions énergétiques accordées en décembre, tandis que les prix alimentaires continuent eux de bondir, le riz s’envolant encore de 34% sur un an.Le riz est même devenu un symbole: son prix avait plus que doublé mi-2025. Le mécontentement populaire pour l’inflation a largement contribué à faire tomber Shigeru Ishiba, le prédécesseur de Sanae Takaichi.Soucieuse de rassurer, cette dernière a dévoilé en novembre un plan de relance équivalant à 117 milliards d’euros pour soulager ménages et entreprises, avec subventions et allocations.La Banque du Japon (BoJ), qui resserre sa politique depuis début 2024 pour juguler l’inflation, a relevé en décembre son taux directeur au plus haut niveau depuis 30 ans. Elle a choisi lundi le statu quo monétaire mais continue de scruter la flambée des prix.Et le sujet sera au cœur de la campagne des législatives: Sanae Takaichi a promis d’exempter les produits alimentaires de la taxe sur la consommation de 8% pendant deux ans. Les partis d’opposition réclament aussi cet allègement, avec d’autres mesures comme le réexamen des cotisations d’assurance sociale.”Ce qui préoccupe le public, ce sont les mesures pour faire face à l’inflation”, confirme à l’AFP Hidehiro Yamamoto, professeur de sciences politiques à l’université Tsukuba. “Il n’est pas certain non plus que le fort soutien populaire à l’administration Takaichi se traduise réellement par un appui au PLD” tempère-t-il, citant de récents scandales liés aux fonds politiques.- Dette sous pression -Certes, le gouvernement vient d’approuver un nouveau budget record pour l’exercice 2026 commençant en avril, promettant d’obtenir promptement l’aval du Parlement afin de soutenir les ménages.Mais Jun Azumi, secrétaire général de la principale formation d’opposition, le Parti démocrate constitutionnel (PDC), juge que la dissolution risque de retarder l’adoption du budget en “sacrifiant” les besoins des ménages – tout en voulant lui aussi sabrer les taxes sur la consommation.Plus généralement, Mme Takaichi entend, avec ce scrutin, conforter son mandat pour poursuivre sa politique budgétaire accommodante.Au risque de gonfler l’endettement déjà pharaonique du pays, qui devrait dépasser 230% du PIB sur l’exercice 2025.La perspective d’allègements fiscaux a affolé cette semaine le marché obligataire, déjà échaudé par le colossal plan de relance de 2025 et inquiet de dérapages budgétaires financés par la dette. Les rendements des obligations souveraines nippones se sont envolés à des sommets inédits, signe de défiance des investisseurs.- Enjeu des jeunes -Face au PLD, puissante formation qui dirige le Japon presque sans discontinuer depuis 1955, et à son partenaire de coalition, le Parti de l’innovation, des forces de l’opposition s’organisent pour cette courte campagne électorale.Le Parti démocrate constitutionnel (PDC, centre gauche) et le petit parti bouddhiste Komeito (centre droit) s’unissent au sein d’une “Alliance centriste pour la réforme”.Les analystes estiment que l’élection pourrait être serrée selon le degré de succès de cette alliance, mais les chances que l’opposition l’emporte restent minces.”L’enjeu déterminant sera le comportement électoral des groupes de jeunes et de personnes d’âge moyen”, estime Mizuho Research dans une note. Le gouvernement Takaichi recueillait quelque 90% de soutien chez les moins de 30 ans dans un sondage publié fin décembre.
